- Paru aux Éditions Le Manuscrit en juillet 2007 -
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Présentation de l'auteure :

A 37 ans, oublié de la croissance, Mat Fournier vit en milieu rural d’expédients et d’aides sociales.
Son parcours erratique à travers les petits métiers de la presse, de l’édition, du packaging et même du cinéma est le reflet de celui d’une génération : celle des intellectuels précaires en tous genres, victime directe d'une société qui sacrifie la culture et le savoir à la productivité.
Dedans / Dehors est son premier roman pour adultes.
Interview de l'auteure :
J’ai écrit ce livre il y a plusieurs années, entre 2000 et 2002 très exactement. A ce moment-là, on commençait à publier un certain nombre de romans gays & lesbiens qui racontaient des histoires d’amour et de sexe. J’ai écrit Dedans/Dehors pour participer à ce mouvement, mais aussi pour y réagir : parce que je trouvais que les histoires, et surtout le sexe, décrits dans ces romans, n’étaient pas tellement en lien avec la réalité. D’un côté, on avait des scènes de sexe à l’eau de rose, à base « d’étreintes sublimes », de « caresses indicibles » et de fusion dans la prairie – comme ces films où il n’y a pas moyen de comprendre qui fait quoi, et où la caméra zoome sur des draps qui se soulèvent et des morceaux de peau impossibles à localiser. Ce n’est pas l’idée que je me fais de la sexualité en général, et de la mienne en particulier. Je trouve ça d’ailleurs très dommage que beaucoup de gouines entretiennent encore le préjugé d’une sexualité lesbienne qui serait quelque chose de doux, éthéré, foncièrement mental et fusionnel. Le sexe est le sexe, c’est ça qui est bien. D’un autre côté, il y avait des livres qui racontaient des histoires entre gens branchés, avec des pratiques sexuelles exclusivement SM, un SM folklorique, trop branché pour être honnête, avec trop de gens riches et célèbres.
Donc, je voulais parler de sexe, et tâcher d’écrire comment ça fait. Je me suis mise au boulot joyeusement, et après quelques semaines j’ai vite compris pourquoi il y a si peu de scènes de sexe (homo ou hétéro) dans la littérature : parce que c’est abominablement difficile, et épouvantablement fatigant. Ecrire sur le sexe est un exercice passionnant, parce qu’il t’oblige à t’exposer en tant que personne – comme la sexualité réelle, en fait : une fois que tu es là, tu ne te peux pas tout laisser en plan et t’enfuir, il faut tenir un peu tes promesses. Je ne sais pas dans quelle mesure j’ai réussi…
Mat Fournier (Badtrip)
Bibliographie :
- Ma boîte à graines, Plume de carotte, 2005
- Les romantiques, les essentiels, Milan, 1996
- Les loups de Fontbrune, 3ème prix du jury enfant du concours du roman jeunesse du Ministère de la Jeunesse et des Sports, 1995

Genre : Roman
Public(s) : adultes
Nb de pages : 251
Dedans / Dehors est plus qu'un roman. L'intrigue nous emmène, sur fond de musique techno, des paysages déserts et sauvages de la montagne aux milieux lesbiens urbains et branchés. Quelle est la place de Nina, le personnage pricipal, qui semble partout décalée, jamais comprise ? Pourtant, elle cherche la même chose que les autres. L'amour, sans doute, quelque chose d'absolu, quelque chose qui vaille la peine. Même si ce qui y ressemble le plus se trouve dans le sexe, dans la drogue ou les deux. Mais y a-t-elle droit, elle qui n'est pas dedans, elle qui s'échappe sans cesse ? Plus qu'un roman, parce qu'entre chaque chapitre, l'auteur se livre à un jeu jubilatoire de voilement / dévoilement avec les personnages, l'écriture, le lecteur.
"Dans la cuisine elle range, elle fait du café, personne ne bouge encore. Elle se demande si elle va apporter une tasse à Cassandre qui dort dans sa chambre, elle choisit de la laisser tranquille, elle prend sur elle. La journée sera longue. Elle va les emmener en balade, le refuge se gardera tout seul. Elle pense à Cassandre par vagues, elle revoit des parties de son corps sans les avoir cherchées, elle sent des odeurs qui ne sont plus là, elle se trouble toute seule dans la cuisine. Elle est belle elle pense, encore plus belle qu'elle pouvait imaginer, avec des hanches creuses et des seins ronds, des mains dures. Nina ne trouve plus rien à faire, elle met une tasse et des morceaux de sucre sur un plateau et elle monte vers la chambre…"
Extrait du roman :
— De quoi tu parles, elle demande.
— Je parle que j'en ai marre de passer pour une salope alors que les autres sont pires que moi.
— Tu dis ça pour Charlie.
— Pas seulement.
— Alors pourquoi tu traînes avec une bande de connasses, Lisa demande.
— Tu les connais pas, Nina marmonne en roulant.
— Alors ça, toi tu crois vraiment que j'habite sur Mars. Si tu t'imagines que je les connais pas vos potes.
— Quoi, Nina dit.
— Toi, Lisa répond, tu baises avec la meuf de Thérèse, et le reste t'en as rien à foutre.
— C'est pas vrai.
— Arrête, Christine fait, tout le monde vous a vues chez Charlie.
— On le sait que c'est pour elle que t'es venue.
*****
Intermède bilan
La solitude de l'otarie
Maintenant il est huit heures du soir et six minutes. J'envisage d'allumer la télé. Ça paraît compliqué. Il faut appuyer sur quatre boutons au moins, après il faut choisir les chaînes. J'y réfléchis un peu et je me dis que ça ne vaut pas le coup. Il est plus simple de retourner s'asseoir à l'écran, le petit, pour faire semblant de produire, occupation gratifiante avec une bière, si l'inspiration et la bière voulaient bien me gratifier encore un peu (sous le menton). Mais non, elles veulent plus. Une vodka peut-être, je me propose, non merci, pas ce soir. On s'emmerde un peu en fait. On commence un peu à s'emmerder, je m'avoue. C'est ça.
Je pourrais aller voir dehors je me dis, montrer un peu ma tête, faire un peu la maligne. Mais on n'est pas souvent maligne en ce moment, plutôt en bout de course. Quand même des fois l'hiver dans les petites villes de province on s'emmerde un peu, il faut avouer. On a plus vraiment le cœur à la vie sociale. On manque d'humour, de plus en plus. Les plaisanteries les plus courtes. La dernière fois que je suis allée dans un bar, un routard déguisé en pédé chassait les filles avec un flacon de Chanel. On vieillit grave. On manque d'enthousiasme, à l'usure. J'ai trente ans aujourd'hui, enfin c'est tout comme. L'avant-dernière fois, une camionneuse en cure d'amincissement m'avait prise pour le petit chaperon rouge. J'ai pas dit mon dernier mot, elle a fait à ses potes du fond, vous allez voir. On a plus le cœur, des fois. On a perdu le goût des galettes. Ça fuse pas, tu vois.
Je pourrais peut-être aller dans la cour, promener un peu les chats, s'ils arrêtaient de faire la gueule. Mais non, il pleut. En plus il faut descendre les poubelles aussi. Je pourrais m'occuper utilement, je me dis, au lieu de faire la maligne. À quoi on en est réduit putain. Les travaux d'intérieur.
Ou alors je pourrais juste fumer une clope, comme ça, tranquille. Mais on a plus le droit. On doit fumer des roulées maintenant. C'est parce qu'on boude. On s'applique à manifester contre la politique antitabac, on pense que c'est vraiment n'importe quoi et on pourrait en parler longtemps. Je boude et je fume des roulées. Et pour l'Afghanistan, aussi. Putain il faut avoir envie de bouder. On s'en fout partout, des fils de tabac qui traînent, il faut s'appliquer, qu'est-ce qu'on s'applique, ensuite on fait la journée avec un pauvre mégot qui s'éteint tout seul, arrête de faire des sketches, on dirait Muriel Robin. Ça tue le goût de la ganja en plus. Muriel Robin aussi d'ailleurs. Si on a plus le droit de déconner un peu.
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