Faut-il croire les mimes sur parole ?

 

 

Céline Robinet

 

 

- Paru aux Editions Au Diable Vauvert le 13 septembre 2007 -

17.50 €

 

Nb de pages : 252

 

"Quand j’étais petite, je croyais que pour le ski nautique, il fallait des lacs en pente. À la mer, je buvais allégrement la tasse en rêvant avoir trouvé la source de jouvence. Après tout le sel conserve la viande. Les médecins devraient y penser dans les hospices. Et puis j’étais convaincue qu’en laissant fondre les flocons de neige sur ma langue, j’allais avoir accès aux souvenirs des montagnes, des arbres, des pierres, des groseilles, des biches, des autres êtres humains, bref de l’existence toute entière."

Après "Vous avez le droit d’être de mauvaise humeur" ce second recueil place cette jeune écrivaine aux côtés de Ravalec et Gunzig parmi les premiers talents français de la nouvelle.

Conduit par un style tout en nuance, qui vous fait avancer l’air de rien de glissements de sens en associations de mots et d’idées, le lecteur ne sort pas indemne de ces nouvelles… et les personnages de Céline Robinet non plus ! La vie de famille se révèle être une émouvante et terrible mascarade, les instants de gloire ne sont jamais ceux que l’on croit… sous les apparences, les mots vont débusquer de bien profondes lézardes.

Le ton ici se fait plus grave, l’auteur explore, avec sa poésie joueuse et son humour grinçant, des univers anodins, qui, par la magie des mots, prennent une dimension inattendue.

Enfant terrible pleine de grâce et d’assurance, Céline Robinet lutte pour la nuance de chaque mot avec intelligence et humour comme s’il en allait du salut de son âme.

Autant dire que le Diable adore !

 

Présentation de l'auteure :

Céline Robinet est née en 1977 près de Valenciennes et vit à Berlin.

En 2005, grâce à la scène Slam berlinoise qui lui donne l’occasion de tester ses textes en public, elle publie son premier recueil de nouvelles, « Vous avez le droit d’être de mauvaise humeur, mais prévenez les autres ! », aux éditions du Diable Vauvert. Entre humour noir et verve déjantée, mêlant maîtrise formelle et blagues de potaches, audace stylistique et jeux de langue, les nouvelles de ce recueil, tour à tour poétiques, scatologiques, absurdes, graves ou résolument trash...

Elle récidive en 2007 avec « Faut-il croire les mimes sur parole ? », toujours chez le Diable.

Céline Robinet est également traductrice de l’allemand et de l’espagnol. Ainsi que chroniqueuse et responsable des pages cultures pour le mensuel francophone La Gazette de Berlin. Elle est aussi membre de l'Association Gay et Lesbienne Francophone Bleu Blanc Rose basée à Berlin.

 

Commentaires :

N'allez surtout pas chercher de réponse à la question que pose Céline Robinet dans le titre de son recueil de nouvelles. Il n'y en a pas. N'allez pas croire non plus que ce livre va vous exposer une histoire du mime. Ce n'est pas le cas. Autant être prévenu : l'auteure va vous surprendre de la première à la dernière page.

De titres énigmatiques énoncés comme des faits incontestables (« Le vent, même léger, fait circuler les nuages. La pelouse, elle, reste » ; « Le bois ne peut regarder la cendre », « Le train file, le brouillard ne l'arrêtera pas ») en titres reprenant des expressions populaires (« Si les poules avaient des dents », « Comme un poisson dans l'eau », « Reprendre, c'est voler »), les nouvelles de Céline Robinet entraînent le lecteur dans des univers où la simplicité n'est qu'apparente, où la vérité n'est jamais où l'on croit.

Et « d'ailleurs j'sais pas c'qu'on croit », pourrait-on s'écrier avec ce personnage qui fête ses trente ans de mariage dans ce texte central qu'est « Faut-il croire les mimes sur parole ? ». Central, en raison de sa position dans le livre, mais surtout par les thèmes qui y sont évoqués : la vie de famille, l'homosexualité féminine et l'immigration clandestine. De la même façon que la petite fille, le papa et la maman prennent la parole à tour de rôle dans « Si les poules avaient des dents » et dévoilent à quel point l'amour n'est parfois pas suffisant pour se comprendre, trois personnages différents à bord d'un avion nous livrent leurs réflexions. Tandis que l'un se répand en lieux communs (« Sinon, j'parie qu'y va y avoir beaucoup d'Noirs au Sénégal, zut, parce que mi ch'ais pas les reconnaître les Noirs, par exemple j'vois pas l'différence entre Stevie Wonder et Whoopi Goldberg. Est-ce que c'est pareil pour eux ? J'veux dire est-ce que les Noirs y voient Josiane pis y croient qu'c'est moi ? »), et que l'autre se plaît à déjouer les clichés (« En tous cas, j'aime bien être lesbienne. C'est pratique. Avec si peu d'exemples de couples homosexuels autour de soi, on n'est pas découragé d'avance. On peut penser que ce serait magnifique. Parce que quand je vois mes amis hétéros, quand même, c'est à vous écoeurer de l'amour. Et je ne dis pas ça par gentillesse. Mais moi, à leur place, à l'adolescence, en comprenant que j'étais hétérosexuelle, je me serais écriée la main au front « Mon Dieu pourquoi moi ! ») ; le dernier meurt.

Leur point commun ? Ils sont là par amour. Le mari veut faire plaisir à sa femme et à leur fille qui a offert le voyage, la jeune fille veut rejoindre Tsimi dont elle est tombée amoureuse, et le Sénégalais veut « juste rejoindre [sa] mère » en Europe. Un crescendo dans une descente aux enfers qui culmine avec ce dernier personnage. L'humour, la dérision, l'ironie, constants sous la plume de l'auteure, sont au service d'effroyables constats sur notre monde contemporain. « A l'époque, on nous ligotait pour nous traîner en Europe ou en Amérique, maintenant on nous attache pour nous renvoyer chez nous. » remarque l'immigré clandestin.

L'écriture de Céline Robinet, « mime » de rien, est empreinte de gravité. Les sourires affichés à la lecture de situations grotesques (« Quand on pense que dans certains pays le suicide est illégal. Mais ça va, les contrevenants sont la plupart du temps condamnés à la peine de mort. »), s'estompent bien vite face au rappel de très récentes idées : « Certains pensent qu'être suicidaire, c'est dans les gênes. On est biologiquement programmé pour l'autodestruction, l'éducation ou la société n'y peuvent rien, le rachat ou la miséricorde divine non plus. » (Extrait de « Le vent, même léger, fait circuler les nuages. La pelouse, elle, reste »). Le lecteur, qu'il soit embarqué dans un avion ou dans un train, n'a qu'à bien se tenir pour échapper aux répercussions de la politique sur le quotidien : « Il l'a bien dit Le Président, c'est pas normal que la France soit le seul pays où l'on considère ça mal d'arrêter quelqu'un parce qu'il n'a pas de billet, peuchère, si les contrôleurs sont là, c'est pour faire régner un minimum d'ordre, sinon qui va le faire, c'est bien simple, si on excuse la délinquance aujourd'hui, il faut s'attendre à la barbarie demain ! » (Extrait de « Le train file, le brouillard ne l'arrêtera pas »)

Les quêtes d'amour et les désillusions, la peur de l'Autre et la solitude de chacun sont autant de thèmes que Céline Robinet envisage avec talent. Les femmes sont très largement représentées, parfois victimes des hommes (Vie d'ange ; Mes dents, bleues de froid) ou de la société (Reprendre, c'est voler). Mais qu'il s'agisse d'une enfant (De beaux draps), d'une adolescente (Dragon ball X), d'une femme enceinte (Le train file, le brouillard ne l'arrêtera pas), d'une prostituée (Une perle dans la soupe), de lesbiennes (Sans attendre le bonheur, Protect me from what i want, Faut-il croire les mimes sur parole ?) ou de femmes mariées (Si les poules avaient des dents, Le bois ne peut regarder la cendre), l'auteure parvient à se glisser avec une remarquable justesse dans la peau de chacun de ses personnages. Et ses nouvelles se distinguent par de très étonnantes chutes à la fin…

Séverine Capeille

 

Faut-il croire les mimes sur parole ? Bonne question. Et une chose est sûre, ce recueil de nouvelles est étonnant à tout point de vue. Dans un style audacieux et poétique, mélangeant les formes (récit, journal…), l’auteure nous invite à dépasser les apparences des situations les plus anodines, où rien n’est tel que l’on croit. C’est par un subtil jeu sur les mots et leurs nuances que s’opère le glissement entre l’apparente facilité des choses de la vie et leur profondeur cachée. Il faudra souvent attendre la chute des nouvelles pour comprendre où l’auteure tente de nous emmener, laissant planer sur chacun des récits une dose de mystère, invitant le lecteur à bien des spéculations, avant de se voir enfin dévoiler le sens véritable de ces histoires, grâce à des formules qui font toujours mouche. On dévorera donc ce nouvel opus avec délectation, pour sa justesse de ton, ou simplement parce qu’on aime le charme particulier des nouvelles de Céline Robinet, tout en sachant que chacun y retrouvera un peu de lui-même...

Ben Marcilhacy

 

Céline Robinet a le sens de la formule. Ces livres sont drôles, cruels et tendres. Certaines de ses images me restent et me resteront de façon obsessionnelle. J'ai lu "Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur, mais prévenez les autres !" et "Faut-il croire les mimes sur parole ?" avec bonheur et hilarité. Des livres fabuleux, d'une fantaisie étourdissante de créativité. Dommage qu'il n'y ait pas eu à côté de moi un cléptophone pour capturer les bruits de mes rires, grincements, étonnements sonores et autres vrombissements de jubilation.

Amélie Nothomb

 

Site Officiel

 

Avec l'aimable participation de Céline Robinet

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