224 pages. en N&B. Format 19,5×25,5.
Une saga racontée par une équipe extraordinaire..
Badtrip : Il paraît que vous avez bossé deux ans sur l'album. Mais avant ça, comment ça a commencé ? Comment vous vous êtes rencontrées, comment est venue l'idée ?
Catherine Feunteun : Je vais parler en tant que scénariste et initiatrice de ce projet. En fait je désirais depuis longtemps raconter une histoire fictive de lesbiennes qui s'inscrive dans la durée, afin qu'on puisse découvrir plusieurs générations qui se suivent, se croisent, ce que je n'ai jamais vu, personnellement. Je voulais donc écrire une fiction que je n'ai encore jamais lue ou vue.
Comme je suis avant tout productrice audiovisuelle, j'ai d'abord écrit un scenario de documentaire, mais le projet a capoté. J'ai tout changé, et j'ai écrit une fiction. Je m'étais fixée des buts :
- Faire un roman graphique, car je trouve que c'est un média très créatif.
- Créer des personnages que je ne connais pas, qui ne sont pas proches de moi, que je n'ai pas rencontrées dans ma vie personnelle, pour les découvrir aussi, m'approcher d'elles, et les découvrir d'une certaine façon.
- Ancrer le récit dans un trame de fond social et parfois même politique, évoquer des courants culturels pour qu'on voit que la culture lesbienne est très large, au-delà des idées reçues.
- Faire vivre plusieurs générations, des très jeunes, et des femmes âgées, j'avais envie de briser un tabou. On parle très peu des lesbiennes, mais encore moins des lesbiennes âgées. Je les ai imaginées anciennes militantes, parce que c'est assez crédible, mais aussi finalement presque plus optimiste que les jeunes, enfin surtout Chris. Ça, c'est un pied de nez aux personnes qui pensent qu'on n'a plus l'énergie, ni de joie de vivre quand on a 70 ans ! En fait je crois que secrètement j'aimerais être très amoureuse quand j'aurai 70 ans, ah ah !
- Enfin, je voulais écrire sous forme d'une saga où les générations se croisent, avec une évolution dans le temps. C'est un genre que j'aime bien, et j'adore les récits à épisodes, les séries.
Bien sûr ce récit est complètement subjectif, comme toutes les fictions.
Je n'ai jamais ni écrit, ni réalisé ni édité de BD, et là, j'ai tout fait de manière empirique, en apprenant tout au moment où je le faisais... Au départ, je n'y connaissais absolument rien !
J'ai même pensé, et Soizick aussi, qui était la première illustratrice que j'ai découverte sur internet, qu'elle pourrait dessiner les 12 épisodes, ce qui s'est avéré une tâche énorme et impossible. J'ai donc en janvier 2011 été cherché, sur internet toujours, d'autres illustratrices, à part CAB que Soizick connaissait.
Finalement c'est une très bonne idée, ce collectif d'illustratrices, et ça ajoute de l'originalité et de la cohérence à un récit qui traverse les époques et évoque plusieurs cultures. Ce n'était pas prémédité, mais c'était une bonne idée.
CAB : Oui voilà ! Moi, c'est Soizick qui m'a embarquée dans cette aventure et ma foi j'en suis fort contente. Cela dit, si pour Soizick et Catherine le travail dure depuis deux ans, pour ma part ça ne fait qu'un an que j'ai rejoint le projet :)
Badtrip : C'est pas très fréquent, une seule histoire écrite et dessinée par cinq personnes. Comment vous avez réussi à vous organiser pour créer une continuité ? Est-ce que c'est votre première expérience de ce genre, et qu'est-ce que vous en retenez ?
Catherine Feunteun : Rien n'a été prémédité, hélas ah ah ! c'est pour ça que j'ai travaillé deux ans sans répit. Autour de moi, les gens pensaient que j'étais un peu dingue, et j'ai parfois cru que je n'y arriverais jamais. J'ai même appris en deux mois à maquetter 200 pages, avec une stagiaire qui m'a appris les rudiments d'indesign... C'est moi bien sûr qui ait assuré la continuité du projet, du récit, de la production, en tant que réalisatrice et instigatrice. Les illustratrices ont toutes une activité principale, elles ont beaucoup bossé le soir, le week-end et les vacances je crois... À la fin on est allées beaucoup plus vite car elles dessinaient leur(s) épisode en même temps. J'ai récupéré tous les dessins, et j'ai commencé la maquette à l'été 2011. Au départ c'était un cauchemar, car en même temps, j'ai voulu créer une version numérique, pour la lire sur internet, j'y tenais beaucoup, car j'ai déjà créé pas mal de contenu pour internet dans Catpeople Production, des romans photos, des dessins animés. Du coup, c'est comme si j'avais monté deux longs métrages en même temps... car le montage n'est pas du tout le même, sur internet il y a des écrans, l'album ce sont des planches. Sur l'album j'ai ajouté aussi pas mal d'extraits de romans et d'essais, pour permettre à celles et ceux qui ne connaissent pas du tout les lesbiennes et/ou l'histoire des féministes d'avoir quelques repères. Bien entendu, mes choix sont ici aussi très personnels et subjectifs.
CAB : Eh bien quand les illustratrices ont commencé à travailler, le scénario était terminé (enfin nous avions une version quasi-définitive) et Soizick et Catherine avaient dégrossi le story board. Personnellement j'ai donc travaillé comme je le fais pour un de mes scénario mais avec une contrainte en moins : ne pas avoir à placer le texte, qui devait venir s'insérer après. Chacune a travaillé de son côté sur ses dessins, nous nous sommes toutes réunies pour dessiner ensemble le dernier épisode. Ensuite Catherine a modifié certaines choses mineures et fait toute la mise en page, pour les version numériques et papier.
Je pense que l'impression de continuité vient d'une part du scénario et d'autre part du fait que nous nous sommes donné des repères sur les personnages principaux de façon à en avoir notre propre interprétation mais avec une base commune.
Et en ce qui me concerne c'était ma première expérience de travail en équipe en tant que dessinatrice (et pas en tant que scénariste et dessinatrice, ce qui a un côté frustrant puisque tu ne décides pas de tout ;) ) et... J'aime autant ça que le travail en équipe au boulot ;)
Badtrip : Allez, petite présentation de votre personnage préféré.
Catherine Feunteun : Je les aime toutes... Même Colette ! Enfin, de loin ah ah !
CAB : Mmmm j'avoue que j'ai un petit faible pour Chris...
Badtrip : Est-ce qu'on peut rêver d'une suite, ou plutôt, dans ce cas, d'une autre histoire parallèle ?
Catherine Feunteun : Alors là ! je ne sais pas ! Déjà, je vais digérer ces 12 épisodes, et maintenant surtout, je suis éditrice, et c'est un autre métier à apprendre ! Sinon pour revenir à la question, ce récit est , je le répète, très incomplet, très subjectif, ce qui serait bien ce serait que d'autres filles racontent elles aussi le même genre de récit avec leur vision qui sera forcément très différente ! C'est ça la culture, c'est la variété des regards et des interprétations. Et puis, il y a de la place ! Car on ne peut pas dire qu'on croule sous les bandes dessinées qui parlent de lesbiennes. Moi je me suis déjà lancée dans un autre scénario avec deux lesbiennes, mais c'est un polar, rien à voir. Après pourquoi pas voir les Chroniques Mauves à la télé ? à suivre...
CAB : Je ne peux pas parler pour les autres mais je crois que pour le moment nous sommes toutes retournées à nos projets perso (eh oui : pendant le lancement des Chroniques Mauves, le travail continue ;) ). en tout cas c'est ce que j'ai fait... ça et commencé à débroussailler mon jardin ;)
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