La sélection Goûts-Doux
Les Livres de la Rentrée
Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur
Mais prévenez les autres !
Paru aux Editions Au Diable Vauvert en 2005 - 16,63 €
Faut-il croire les mimes sur parole ?
Paru aux Editions Au Diable Vauvert en 2007 - 16,63 €

Comment ça bascule ? Comment nos petites manies inoffensives peuvent nous faire perdre pied, comment la réalité la plus quotidienne peut se transformer en cauchemar - mais un cauchemar familier ? C'est ce que racontent les nouvelles de Céline Robinet. On découvre comment, si on n'y prend pas garde, on peut se transformer en vélo ou régler son compte un peu trop brutalement à une dame-pipi. Ou trouver l'amour fou chez un oculiste. Pas à pas, un mot après l'autre : les détails du quotidien enflent comme dans un miroir grossissant, et les personnages sont pris au piège de leurs obsessions, entraînés dans la quatrième dimension par des gestes inoffensifs – ou victime, tout simplement, de l'horreur banale du monde.
C'est drôle, et c'est grave en même temps. Les histoires de Céline parlent aussi de solitude, elles parlent des corps qui se révoltent, elles parlent de gens comme vous et moi, et on se prend à penser que nous aussi, si on n'y prenait pas garde....
Slameuse, performeuse, écrivaine : Céline Robinet est une artiste des mots, et ça se sent à chaque phrase, cette attention au détail, ce goût du mot choisi, du rythme travaillé ou toutes les syllabes jouent ensemble. C'est une artiste militante aussi, pour ceux qui ne la connaissent pas encore. Malheureusement pour les Françaises, si on veut la voir en scène, il vaut mieux habiter à Berlin, sa ville d'adoption. Ou aller faire un tour sur son site, pour avoir un aperçu de son travail et de son agenda.
Badtrip
Dialogueries :
Badtrip : On a l'impression en te lisant que les histoires partent toujours de quelque chose que tu as vraiment vécu... C'est vrai ou tu triches ?
Céline Robinet : Les deux. Je m'inspire de faits réels que je pousse à leur paroxysme, je traque l'absurdité dans les petits détails du quotidien et m'amuse à voir ce qui se passerait si", si les choses allaient plus loin par exemple. Par contre dans mon second recueil, Faut-il croire les mimes sur parole? certaines histoires me sont arrivées presque telles quelles.
Badtrip : Est-ce que l'écriture est un remède contre la mauvaise humeur ?
Céline Robinet : Oui et non. Ecrire me stabilise et m'épanouit, donc me met en général de bonne humeur, surtout quand j'opte pour aborder le thème choisi avec humour. L'humour me permet de désamorcer la souffrance ou l'horreur d'une situation, ou plus simplement de sortir un personnage d'une situation délicate et/ou embarrassante. Je pense que l'humour sert à révéler des choses tout en les rendant supportables, et non pas à les cacher aux autres ou à les refouler pour soi-même. Dans Vous avez le droit d'être de mauvaise humeur, mais prévenez les autres!, j'ai utilisé l'humour pour essayer de briser quelques mythes et tabous : le mythe de la passivité féminine (qui a la peau dure), le tabou d'un certain état fluide du corps, le tabou du discours autour de la fluidité de ce corps, et enfin le tabou du genre ayant l'apanage du droit de briser ces tabous. A ce sujet, une anecdote : un jour, après avoir faire une lecture publique de la nouvelle intitulée Qui va à la chiasse, un mec est venu me dire : « Elle est super ton histoire, mais ce qui est surtout choquant, c'est le fait que ce soit une jolie fille qui la raconte ». Elle est terrible cette phrase. Elle est terrible parce que d'une part elle remet les femmes à leur place (« Les femmes ne brisent pas les tabous, les femmes ne détiennent pas le verbe, les femmes ferment leur gueule »), et ce sous l'apparence d'un compliment. D'autre part elle laisse à penser qu'à la limite seules les femmes moches (si tant est que ça existe) pourraient se permettre une telle chose, car une moche (si tant est que ça existe) fait de toute façon déjà insulte à son genre, donc se place déjà en dehors du bon goût et de la norme, presque ce n'est pas vraiment une femme, une femme moche, c'est plutôt disons un mec. D'où l'avis de certains d'ailleurs selon lequel une fille jolie (si tant est que cela existe) ne peut pas vraiment être lesbienne. Avec un relent de paternalisme cher à nos sociétés patriarcales : les femmes ne sont pas capables de s'auto-définir, c'est le mâle qui les définit, les femmes ne sont souveraines ni de leurs identités, ni de leurs désirs ni de leurs besoins. Donc j'avais envie de rompre avec tout ça, de ruer dans les brancards. Entre nous, il y en a marre que dans les supermarchés les serviettes hygiéniques soient rangées avec le papier toilette et les sacs poubelles. Ou alors qu'on change la connotation des excréments et des détritus!
Mais en fonction du thème, l'écriture peut aussi me plonger dans un profond état de mélancolie. Dans mon second recueil de nouvelles, j'aborde des sujets qu'il me semblait impossible ou que je refusais tout simplement de traiter avec humour : par exemple la mort d'un adolescent sénégalais, retrouvé frigorifié dans le train datterrissage d'un avion pour avoir tenté de rejoindre sa mère qui vivait en France - dès que le jeune garçon prend la parole, toute trace d'humour disparait. Ou encore le viol : dans la nouvelle Mes dents bleues de froid, je tenais à rappeler que le viol ainsi que les abus sexuels ne sont pas uniquement le fait d'inconnus dans une ruelle sombre la nuit, mais peuvent avoir lieu (et d'ailleurs c'est souvent le cas) dans l'intimité du foyer, par un ami, un mari, un père, une mère, un membre de la famille, une connaissance... Sans compter les cas d'abus où une femme n'ose tout simplement pas dire « non », impuissante à exprimer ses propres désirs, ses besoins et ses limites, pensant qu'elle doit se plier à ses « devoirs conjugaux » ou encore qu'elle l'a « cherché », soumise par une socialisation féminine qui lui apprend à considérer les besoins des autres avant les siens. C'est d'ailleurs intéressant de constater que dès qu'une femme exprime ses besoins et tente de les faire respecter ou encore de les assouvir, elle est traitée de « coincée » (si elle ne veut pas), d'« allumeuse » (si elle ne veut plus), de « salope » ou de « pute » (si elle veut). C'est un cas typique de double contrainte : l'obligation de respecter la première contrainte implique la violation de la deuxième contrainte, d'où : quoi que l'on fasse, on a tort. J'aurais aussi pu rappeler qu'il y également des garçons qui se font violer.
Badtrip : A quand le prochain livre ?
Céline Robinet : Le prochain livre sera un guide sur le fétichisme du pied et de la chaussure illustré par des photos de Kael T. Block et publié par les éditions Tabou.
Céline Robinet
Le site de Céline
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La sélection Goûts-Doux
Le Livre des Vacances
Camellia rose
Éditions du Phare Blanc - Éditions Gaies et Lesbiennes (mai 2009).
128 pages, 5 €
Éd. gaies et lesbiennes. EAN : 782356800138.
Alapage.com. EAN : 9782356800138

On vous dit dans le résumé du livre que Cy Jung ne recule devant rien.
Et c’est vrai : vous apprendrez en le lisant comment fabriquer un gode en maison de retraite, comment parler avec un merle, comment éviter de tomber amoureuse de sa kiné même si elle est hyperdouée, comment faire plaisir à des dames du secours catholique avec des jouets sexuels rapportés de voyage, ou comment sortir de la dépression grâce à une chronique d’Alain-Gérard Slama (le plus inattendu, en ce qui me concerne, étant donné qu’Alain-Gérard manque, moi, de m’y plonger tous les matins).
Camellia Rose est une vraie comédie romantique lesbienne, avec une ironie et un comique de situation qui font penser à Stephen McCauley aux "Chroniques de San Franscisco". Mais avec beaucoup, beaucoup plus de sexe. Et quand on vous dit qu’elle ne recule devant rien…
Badtrip
Dialogueries :
Badtrip : Est-ce que tu t'es autant amusée en écrivant Camellia rose autant qu'on en a l'impression en le lisant ?
Cy Jung : Oui, les deux sont intimement liés. L'envie de rire d'un auteur et celle de ses lecteurs peuvent bien sûr ne pas coïncider mais si l'auteur ne s'amuse pas dans son écriture, la probabilité que le lecteur s'amuse est infime.
Dans chacun de mes romans roses, je cherche à aborder des sujets plus ou moins graves tout en gardant un caractère fondamentalement ludique et joyeux à mes récits : c'est la loi du genre « roman sentimental ». Avec Camellia rose, j'ai voulu traiter de la souffrance, physique et psychique : il était indispensable que j'y mette une forte dose d'humour afin que mon texte reste agréable à lire. Car quel que soit le sujet, je veux que mes roses soient, pour mes lectrices, un moment de réjouissance.
Badtrip : Est-ce que ça te paraît important de parler de jouets sexuels à (presque) tous les chapitres, et pourquoi ?
Cy Jung : Vous êtes sûre qu'il y en a autant ? Je compterais plutôt quatre allusions en neuf chapitres, dont un pauvre petit œuf à repriser qui se retrouve bien malgré lui en un lieu inconnu et une caisse pleine de jouets que se répartissent des bénévoles du Secours catholique, sans les utiliser, au moins dans le roman !
J'ai par contre conscience que ces jouets arrivent à chaque fois dans des circonstances qui peuvent surprendre ou choquer : mes héroïnes ont plus de soixante-cinq ans et ne sont pas en bonne santé. Alors oui, c'est important d'en parler, dire que les lesbiennes ont une sexualité à tout âge et que celle-ci peut être particulièrement jouisseuse et débridée.
N'allez pas en conclure que je déconsidérerais une sexualité sans jouet : mais de celle-là, beaucoup de romans en parlent. Mon propos est toujours d'offrir des images érotiques différentes ; à chacune de faire le tri en fonction de ses propres désirs, sachant, qui plus est, que l'on peut fantasmer sur une pratique sexuelle sans avoir jamais envie de la pratiquer.
Attention à celles qui en utilisent ! N'échangez pas vos jouets sans les avoir lavés ou avoir changé le préservatif qui les recouvre.
Badtrip : Est-ce que tu t'identifies plus particulièrement à une des héroïnes du roman (sans parler de préférences sexuelles, bien sûr) ?
Cy Jung : Non. Je crois que le travail d'un auteur ne peut être durable que s'il s'astreint à rester dans la fiction. Je tire les ficelles ; je m'amuse avec mes personnages ; avec le travail sur le texte, c'est ce que j'aime le plus dans l'écriture, jouer des situations et exacerber les sentiments, dire tout haut ce que chacun ose à peine se murmurer.
Dans ma vie personnelle, je suis étrangère à mes personnages, à un point d'ailleurs que beaucoup de mes lectrices en seraient sans doute surprises.
Mais je vous rassure, je suis effectivement lesbienne et très fière de l'être !
Cy Jung
Le site de Cy
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