Marguerite Yourcenar, de son vrai nom Marguerite Cleenewerck de Crayencour (Bruxelles, 8 juin 1903 - Mount Desert Island, États-Unis, 17 décembre 1987) est un écrivain français.
Première femme élue à l’Académie française, elle publie son premier livre en 1921 "Le Jardin des Chimères", puis "Alexis ou le Traité du vain combat" en 1929, "Feux" en 1936. En 1937, elle rencontrera une autre figure de la littérature lesbienne Virginia Woolf dont elle traduira "Les Vagues". Publié en 1951, "Les Mémoires d'Hadrien" restera pour beaucoup son chef d’oeuvre. Moins connu que ses oeuvres ou ses voyages, sa vie lesbienne restera en grande partie cachée alors qu’elle vivra 42 ans avec Grace Frick, une enseignante américaine.

Née d'une mère belge (Fernande de Cartier de Marchienne) qu'elle perd à la naissance, Marguerite de Crayencour est élevée par sa grand-mère paternelle ainsi que son père, un anticonformiste et un grand voyageur très cultivé. Elle vit jusqu'en 1912 à Lille et dans une propriété familiale située au Mont Noir (Nord). Elle passe la première partie de son baccalauréat à Nice, sans avoir fréquenté l'école. Son premier poème dialogué, Le Jardin des chimères, est publié à compte d'auteur en 1921 et signé Yourcenar, quasi-anagramme de son nom de famille.
Grace Frick
En 1939, son père est mort depuis dix ans, elle manque d'argent et l'Europe s'agite dangereusement. Elle part aux États-Unis pour rejoindre Grace Frick, son amie, avec qui elle vivra jusqu'au décès de celle-ci en 1979. Elle y passera le reste de sa vie : citoyenne américaine en 1947, elle enseignera la littérature française jusqu'en 1949.

Des romans historiques aux mémoires autobiographiques, l'œuvre de Yourcenar s'inscrit en marge du courant engagé de son époque avec ce retour à l'esthétisme et à la tradition, avec le désir d'affirmer la finalité de la Littérature : la narration. Inspirée par la sagesse orientale, la pensée de l'écrivain ne s'est jamais éloignée de l'humanisme de la Renaissance :
« Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté pour la première fois un coup d'œil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été les livres. » (Mémoires d'Hadrien)
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Ses oeuvres :
* Le Jardin des chimères (1921)poésie
* Alexis ou le Traité du vain combat (1929, roman)
* La Nouvelle Eurydice (1931, roman)
* Le Denier du rêve (1934, roman)
* La Mort conduit l'Attelage (1934)
* Feux (1936, poèmes en prose)
* Nouvelles orientales (1939)
* Les Songes et les Sorts (1939)
* Le Coup de grâce (1939, roman)
* Mémoires d'Hadrien (1951) roman
* Électre ou la Chute des masques (1954)
* Qui n'a pas son Minotaure? (1963)
* L'Œuvre au noir (1968)
* Chenonceaux (....)
* Le labyrinthe du monde I : Souvenirs pieux (1974)
* Le labyrinthe du monde II : Archives du Nord (1977)
* Mishima ou la vision du vide, (1981, essai)
* Comme l'eau qui coule (1982) (Anna, soror, Un homme obscur, Une belle matinée)
* Le temps, ce grand sculpteur (1983)
* Les charités d'Alcippe, poème (1984)
* Le labyrinthe du monde III : Quoi ? L'éternité (1988)
* D'Hadrien à Zénon : correspondance, 1951-1956, 2004
Lors d'entretiens avec le critique littéraire et réalisateur d'émissions littéraires de télévision Matthieu Galey, dialogues regroupés dans le livre de poche "Les yeux ouverts" (Editions du Centurion, 1980)
M.G. : - Il n y a guère d'exemples d'homosexualité féminine dans vos œuvres.
M.Y. :- Il y a Marguerite d'Autriche dans L'œuvre au noir, parce que Brantôme indique le fait. Mais en effet il n'y en a pas dans Hadrien. A supposer que Plotine ait eu ces tendances, ou d'autres, nous n'en voyons rien, et Hadrien nous la décrit " chaste, par dédain du facile ". Si je procède à une revue du passé, en particulier à travers les poètes grecs, puisque je viens de m'occuper d'eux dans un recueil de textes, on ne rencontre là que Sappho ; c'est un exemple unique, un " hapax " comme on dit quand on est pédant en matière de grammaire, et cela ne permet pas de voir ce qui se passait dans la vie de tous les jours. J'imagine que l'homosexualité féminine a toujours été trop invisible, trop liée aux rapports de la maîtresse de maison et des servantes, des amies et parentes vivant dans le gynécée, ou encore, on le voit bien chez Lucien, parmi les petites courtisanes, comme dans la délicieuse nouvelle Amants, heureux amants, de Valery Larbaud.
Dans les temps antiques, et même au Moyen Age, bien entendu, c'est la consigne du silence; Brantôme mentionne une amitié féminine de Marguerite d'Autriche seulement parce qu'elle était princesse et seulement après la mort de son jeune mari, passionnément aimé. Elle aussi se définirait comme bisexuelle.
M.G.- L'homosexualité féminine s'est beaucoup vue à la fin du siècle dernier, et au début de celui-ci.
M.Y. :- Je crois que là il y a eu - et il faut remonter un peu plus haut, dès le XVIIIe siècle - un goût voluptueux de l'homme pour la femme qui aime la femme, si bien que beaucoup de femmes profitaient de cette mode, ou se mettaient à la mode. Je n'irais pas jusqu'à dire que c'était la principale raison, mais il y a eu cette espèce de mousse, de mode mondaine, vers la Belle Epoque. Dès le XVIIIe siècle, on voit très bien que Casanova est ravi, quand ses petites amies se rejoignent dans un lit ; le duc de Morny aussi, un siècle plus tard. Pensez aux peintures de Courbet; cela répondait à ce même goût. Même Ingres, avec Le Bain turc, c'était une espèce d'émoustillement devant une forme de sensualité sentie comme audacieuse et qui, évidemment, permettait au peintre de doubler, quand ce n'est pas de multiplier, dans ses attitudes d'abandon, l'objet féminin qu'il avait sous les yeux et qui provoquait son désir. Les Grecs n'ont guère connu cela. Peut-être ne s'intéressaient-ils pas assez à ce qui se passait dans le gynécée pour se demander ce qu'y faisaient leurs femmes, pendant leur absence.
M. G. - A votre avis, dans le monde moderne, c'est donc un faux problème ?
M.Y. : - Immensément faux. Il devrait se résoudre un jour bientôt peut-être - par plus de liberté si les choses allaient bien, mais voyez la régression en toute matière dans certains pays islamiques, le Pakistan ou l'Iran, qui ont aussi rétabli le Code pénal du Moyen Age, et même plus dur qu'au Moyen Age, en Iran. En matière de mœurs, on peut toujours s'attendre à ce que la déraison renaisse sur tous les points.
M.G.-Alors quelle attitude adopter ?
M.Y : -Lutter contre elle.


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