Virginia Woolf

 

"Je sais vous m'avez demandé de parler des femmes et du roman. Quel rapport, allez-vous me dire, existe-t-il entre ce sujet et une "chambre à soi" ?, interroge Virginia Woolf en ouverture d'une conférence sur le féminisme qu'elle dispensa aux étudiantes de l'université de Cambridge. Avec une irritation voilée d'ironie, Virginia Woolf rappelle dans ce délicieux pamphlet comment, jusqu'à une époque toute récente, les femmes ont été savamment placées sous la dépendance spirituelle et économique des hommes et, par voie de conséquence, réduites au silence. Il manquait à celles qui étaient douées pour affirmer leur génie de quoi vivre, du temps et une chambre à soi."

 

      

Virginia Woolf (25 janvier 1882 - 28 mars 1941) est une femme de lettres britannique et une féministe. Pendant l'entre-deux-guerre, elle fut une figure marquante de la société littéraire londonienne.

Née Adeline Virginia Stephen à Londres de Sir Leslie Stephen et Julia Princep Duckworth (1846–1895), elle fut éduquée dans une ambiance littéraire de la haute société. Descendante d’une suivante de Marie Antoinette, elle était originaire d’une famille célèbre pour les beautés qui la composaient et qui laissèrent une trace dans la société victorienne en tant que modèles des peintres préraphaélites et des photographes de l'époque. Outre ces influences, Virginia avait accès à la vaste bibliothèque qui lui permit de découvrir les classiques et la littérature anglaise. La mort de sa mère, décédée de la grippe, et celle de sa demi-sœur Stella deux ans plus tard, entraînèrent Virginia dans sa première dépression nerveuse. La mort de son père en 1904 (un vrai tyran dont les rages étaient surtout dirigées contre les filles) provoqua son effondrement le plus inquiétant, elle fut brièvement internée.

Malgré la brutalité de son père, il eut sur Virginia une influence décisive. C'est avec lui qu'elle lit Platon et Spinoza, Montaigne et Hume. Plus tard, les enfants de Sir Leslie prennent l'habitude de recevoir leurs amis écrivains et critiques dans leur maison de Bloomabury. Ce petit groupe prônera toujours la vérité, la libre parole et l'amour de l'art. Virginia épouse l'un d'eux, Léonard Woolf, et fonde avec lui une maison d'éditions.

Directrice de cette maison et critique littéraire, elle écrit elle-même en vingt-six ans neuf romans, cinq essais et laisse une importante oeuvre posthume dont Le journal d'un écrivain Féministe déclarée, elle donne des conférences en faveur de l'émancipation des femmes, ses personnages de roman témoignent avec humour cet état d'esprit, rare sous le règne de la reine Victoria !

 

   

   

                                                 avec Leonard

Vita

Dans les années 20 elle rencontre Vita Sackville-West (poète, romancière et biographe) avec qui elle a une relation lesbienne, et qui reste son amie jusqu'à sa mort. Vita est le modèle pour son roman Orlando, publié en 1928.
J’aime le fait qu’elle est (ce que je n’ai jamais été) une vraie femme", dit-elle.

Virginia reconnaît très tôt la nécessité de créer une culture des femmes, différente et autonome. Dans une société d’exploitation et d’oppression, elle fait de la marginalité une vertu, et incite les femmes à rester à l’extérieur des institutions patriarcales. Dans Trois guinées, la position de Woolf, sur la guerre et le fascisme, consiste à démontrer que toute forme de tyrannie commence à la maison.

Virginia Woolf considère l’expression de l’amitié et de l’amour entre femmes dans la littérature comme une véritable révolution : "Chloé aimait Olivia, ai-je lu. Et je fus alors frappée de l’immense changement que ce fait représente. Pour la première fois peut-être dans la littérature, Chloé aime Olivia." La romancière tente de se rappeler si elle a déjà vu des femmes s’aimer dans la littérature. Il y a parfois des confidentes dans les tragédies, des mères et des filles, mais force est de constater qu’on montre presque exclusivement les femmes dans les rapports qu’elles entretiennent avec les hommes, alors que ces rapports ne constituent qu’une toute petite partie de leur vie. Comment imaginer qu’on ne décrive d’un écrivain que sa vie amoureuse ! C’est pourtant le traitement qu’on a toujours réservé aux femmes de génie !

Les spécialistes actuels estiment que ses dépressions et les périodes récurrentes de déprime étaient aussi dues aux abus sexuels dont elle et sa sœur Vanessa furent victimes de la part de leurs demi-frères George et Gerald (auxquels Woolf fait allusion dans ses essais autobiographiques "A Sketch of the Past" et 22 Hyde Park Gate). Les diagnostics modernes parleraient de trouble bipolaire, une maladie qui aurait marqué sa vie et son œuvre et conduite peut-être au suicide.
 
En 1941, Virginia Woolf se suicide. Elle remplit ses poches de pierres et se jette dans la rivière Ouse, près de sa maison de Rodmell. Elle laisse une note à son mari : « "Mon chéri, Je suis en train de sombrer dans la folie à nouveau, j'en suis sûre : je sais que nous n'arriverons pas à bout de ces horribles crises. Et cette fois je ne guérirai pas. Je recommence à entendre des voix, et n'arrive pas à concentrer mes pensées. Aussi vais-je faire ce qui me semble la meilleure chose à faire. Tu m'as rendue parfaitement heureuse (...) Tout m'a quitté excepté la certitude de ta bonté. Je ne veux pas continuer à gâcher plus longtemps ta vie. Je ne crois pas que deux personnes auraient pu être plus heureuses que nous l'avons été." »

Bibliographie :

# La traversée des apparences (The Voyage Out, 1915)
# Kew Gardens et autres nouvelles (The mark on the wall, Kew Gardens, 1917), nouvelles
# Nuit et jour (Night and Day, 1919)
# La chambre de Jacob (Jacob's room, 1922, écrit en 1920),
# Mrs Dalloway (Mrs Dalloway, 1925)
# La promenade au phare (To the Lighthouse, 1927)
# Orlando (Orlando, 1928)
# Une chambre à soi (A room of one's own, 1929)
# Les vagues (The waves, 1931)
# Trois guinées (Three Guineas, 1938)
# La vie de Roger Fry (1940)
# Le journal d'un écrivain
# La fascination de l'étang, nouvelles inédites
# Les années
# La maison de Carlyle et autres esquisses, textes inédits

The Hours - 2003 - réalisé par Stephen Daldry

The Hours, basé sur le livre de Michael Cunningham, gagnant du prix Pulitzer en 1998, un hommage au personnage de Mrs. Dalloway de Virginia Woolf.

synopsis :

Un ensemble de trois histoires en simultané : trois femmes différentes. Il s’agit de ne raconter qu’une journée de leur vie respective à trois époques différentes. Ce sont celles de Virginia Woolf – écrivaine en 1923. Elle combat la dépression profonde et le suicide. Laura Brown– jeune mère enceinte d’un deuxième enfant au début des années 50 à Los Angeles planifiant un souper anniversaire pour son mari troublé par son engouement démesuré pour la lecture du roman de Virginia Woolf, «Madame Dalloway ». Et, Clarissa Vaughn – éditeure, une femme moderne, lesbienne, vivant en 2003, amie intime et ex-maîtresse d’un poète sidatique à l’article de la mort. Elle prépare une fête pour souligner son œuvre littéraire. D’ailleurs, Richard est celui qui lui a donné le surnom de Madame Dalloway…..
Les trois histoires ne sont pas successives, elles s’imbriquent l’une dans l’autre comme dans le principe des vases communicants et à chaque étape, le spectateur est convié à ouvrir une autre porte et derrière cette porte, la situation nous apparaît de plus en plus complexe. Pour chacune de ces femmes, le précipice se dessine, elles ne peuvent revenir en arrière. Un livre les unies, celui de « Madame Dalloway. Pour chacune, il est temps de prendre une décision finale, quelle qu’elle soit.

Orlando - 1992
Comédie dramatique de Sally Potter.
Orlando est un personnage qui traverse notre temps sur 400 ans, tout en changeant de sexe. Jeune noble sous Elisabeth I, il sera ambassadeur dans les déserts d'Asie Centrale, puis devient femme à Londres sous l'époque Victorienne, avant d'émerger au XXè siècle comme un être ordinaire qui, en perdant tout, a découvert sa vraie identité.

 

 

 

"Qui a peur de Vriginia Woolf"
de Edward Albee

La plus célèbre et très belle pièce du dramaturge américain Edward Albee. Un texte devenu classique tant il a été monté depuis son écriture, en 1962. À travers la violence des rapports d'un couple stérile et bourgeois, il dénonce une Amérique dégénérée où l'homme émasculé est soumis à la domination hystérique de la femme. Aucun rapport avec l'écrivain Virginia Woolf si ce n'est la sonorité de son nom, en anglais Woolf signifie loup. D'où la petite chanson "qui a peur de Virginia Woolf" que chantent les personnages ivres, sur l'air de "qui a peur du méchant loup"... Moins anecdotique qu'il n'y paraît, la rengaine renvoie aux peurs de l'enfance. Celle d'Albee, orphelin en révolte contre son richissime milieu d'adoption. Une enfance qui ne cesse d'habiter toutes ses pièces.

 

Pour en savoir plus :

http://www.avoir-alire.com/mot-livres.php3?id_mot=1709
http://www.rosadoc.be/site/mainfr/nouveau/Pretacroquer/spot/woolf.htm
http://www.club-culture.com/cinema/heures.htm
http://sisyphe.org/article.php3?id_article=2605
http://www.gipuzkoakultura.net/ediciones/guias/woolf/blooms.htm
http://www.ratsdebiblio.net/woolfvirginia.html

 

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