Si le regard que la société porte sur les homosexuels semble avoir évolué de manière positive – les homosexuels sont plus visibles dans les médias mais aussi au sein de la société, les plus jeunes semblent moins redouter l’épreuve du coming-out… –, tout n’est pas encore rose pour eux, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots.
Un certain nombre d’entre nous est hélas parfois victime directement ou indirectement d’actes homophobes sur son lieu de travail, dans sa famille ou dans la rue. Face à ces actes qui peuvent prendre diverses formes (insultes, agressions physiques, discriminations en raison de l’orientation sexuelle…), il convient de savoir que nous ne sommes pas désarmés et réduits au silence ; il existe désormais un certain nombre de dispositifs juridiques qui permettent de les condamner et de les sanctionner même si l’homophobie n’a toujours pas reçu de définition légale.
I- S’il n’existe toujours pas de définition légale de l’homophobie, les actes homophobes sont néanmoins sanctionnés par le droit lorsqu’ils sont générateurs de violence ou de discrimination
A- Une plus grande prise de conscience et dénonciation de l’homophobie incite à l’émergence d’une définition légale de l’homophobie en France
1) La prise de conscience et la dénonciation de l’homophobie
L’hostilité envers les homosexuels, hommes et femmes, a malheureusement toujours existé. Ce qui est nouveau, c’est la prise de conscience et la dénonciation de l’homophobie. L’absence de définition du terme « homophobie » pendant de nombreuses années semble illustrer le refus de la société en général de reconnaître comme légitime une orientation sexuelle que l’on disait contraire à la normalité (le mot « homophobia » est un néologisme forgé par le psychologue Kenneth Smith apparu pour la première fois en 1971).
a) La prise de conscience de l’homophobie
L’homophobie pourrait se définir comme toute manifestation, avouée ou non, de discrimination, d'exclusion ou de violence à l'encontre d'individus, de groupes ou de pratiques homosexuels ou perçus comme tels au motif de l'homosexualité. Elle désigne l'hostilité explicite ou implicite subie par les homosexuels. Cette hostilité relève de la peur, de la haine, de l'aversion ou encore de la désapprobation envers l'homosexualité. Par extension, l'homophobie désigne les préjugés et la discrimination anti-homosexuels.
L'homophobie se manifeste sous différentes formes ; il est donc important de savoir ou de pouvoir la caractériser. Elle est tantôt consciente, tantôt inconsciente, voire intériorisée. Parmi les formes d’homophobie, il y a :
- L'homophobie d'attitude, qui pourrait être le sentiment ou l’opinion voulant que les personnes homosexuelles soient anormales ou malades.
- L'homophobie hétérosexiste, qui serait la croyance voulant que tout le monde soit hétérosexuel ou que l'hétérosexualité soit la seule voie valable. Cette croyance repose sur la notion de norme de la majorité.
- L’homophobie du langage où il s’agirait du langage comportant un vocabulaire et des expressions allant de la plaisanterie à l'injure.
- L’homophobie interpersonnelle qui est la manifestation d'inconfort, d'insécurité ou de peur au contact des personnes homosexuelles.
- L’homophobie institutionnelle ou systémique qui est la pratique institutionnelle érigée en système où les personnes homosexuelles sont défavorisées.
- L’homophobie d’intérêt qui est l’attitude des personnes qui s'intéressent à l'orientation homosexuelle à des fins pécuniaires ou personnelles et qui refusent toute association à l'homosexualité.
- L’homophobie intériorisée qui est une forme d'homophobie, souvent inconsciente, résultant de l'éducation et des valeurs transmises par la société. Les personnes homosexuelles ne sont pas à l'abri de cette forme d'homophobie, ayant reçu la même éducation que tous et ayant été influencées par les mêmes valeurs de la société.
- L’homophobie passive ou par omission qui est l’attitude passive qui consiste à ne rien dire ou à ne rien faire devant un comportement homophobe, alors que la situation voudrait que l'on intervienne pour y mettre fin.
- L’homophobie violente qui est la manifestation extrême de l'homophobie qui conduit à la violence, allant de l'agression verbale jusqu'au crime haineux.
- La « lesbophobie » : ce terme n'apparaît nulle part dans les dictionnaires pourtant il se fait bel et bien l’écho d’une réalité concrète, d'une réalité qui se détache - tout en la prolongeant - de l'homophobie. Elle révèle un certain comportement, une certaine forme d'agression à l'égard des lesbiennes et uniquement des lesbiennes.
Dans une enquête sur la lesbophobie réalisée par SOS homophobie de novembre 2003 à janvier 2004, au cours de laquelle près de 1800 femmes se sont exprimées, 57% des lesbiennes interrogées ont indiqué avoir été victimes de lesbophobie.
b) La dénonciation de l’homophobie
L’homophobie repose sur des préjugés individuels mais aussi sur des préjugés sociétaux ou systémiques. L'homophobie est une attitude réelle d'hostilité ou d'exclusion envers les personnes homosexuelles, hommes et femmes, et elle se répercute à tous les niveaux.
Si les arguments homophobes ont des origines très diverses (religieuses, pseudo scientifiques ou issues de l’éducation), aucun ne résiste à un examen sérieux.
Face à des comportements homophobes, il ne faut donc pas s’enfermer dans le mutisme ou l’isolement mais au contraire dénoncer ces comportements et :
- mettre un terme au harcèlement en identifiant l'agresseur,
- identifier le type de harcèlement en affirmant qu'il s'agit d'un comportement dénigrant l'orientation sexuelle,
- élargir le débat en faisant savoir que ces comportements ne sont pas tolérés.
- exiger un changement de comportement en demandant à l'agresseur pourquoi il a dit ou il a fait cela.
- rassurer la victime et l'inviter à dénoncer un tel comportement s'il se reproduit.
Il faut savoir également qu’il existe différentes structures qui permettent aux victimes ou témoins d’agressions homophobes de témoigner ou de trouver du soutien : par exemple SOS homophobie qui assure un service d'écoute téléphonique anonyme pour les personnes victimes ou témoins, d'actes ou de discriminations homophobes au numéro azur 0 810 108 135 ou 01.48.06.42.41.
Grâce à l’évolution de la société plus ouverte à l’égard de l’homosexualité et à l’apparition de structures d’accueil et d’aide, on s’aperçoit que les victimes d’actes homophobes hésitent de moins en moins à porter plainte (ce qui explique en partie l’augmentation du nombre des dénonciations ou témoignages d’actes homophobes).
2) L’absence de définition légale de l’homophobie en France
Malgré cette prise de conscience et dénonciation croissante de l’homophobie, l'homophobie n'a toujours pas de définition légale en France (et dans beaucoup d’autres pays d’ailleurs).
Toutefois, en France, la loi de modernisation sociale votée début 2002 interdit officiellement toute discrimination à l'embauche ou dans le monde du travail (déroulement de carrière, harcèlement...) basée sur le rejet des homosexuel(le)s.
Depuis, deux amendements à des lois anti-discriminations existantes ont été adoptés le 31 décembre 2004, réprimant les propos homophobes tenus publiquement (au même titre que les propos xénophobes, racistes, sexistes, « handiphobes », etc.) La loi ne précisant pas le terme "homophobe", doit être compris comme tel tout propos qu'un jugement aura déclaré être homophobe. Les adversaires de cette législation accusent les homosexuels de censure.
Par conséquent, les actes homophobes peuvent être sanctionnés par le droit lorsqu’ils sont générateurs de haine, de violence ou de discrimination.
B- Les actes homophobes peuvent être sanctionnés par le droit lorsqu’ils sont générateurs de haine, de violence ou de discrimination
Un acte homophobe, c’est refuser, dans les actes quotidiens, un droit, un bien, un service à une personne, homme ou femme, en raison de son homosexualité avérée ou supposée.
C’est aussi l’agression physique, écrite ou verbale, la diffamation, à l'égard de personnes, hommes ou femmes, au seul motif d'une homosexualité vraie ou supposée. C'est également l'incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination.
Les actes homophobes peuvent donc être condamnés lorsqu’ils sont source de discrimination, de haine ou de violence.
1) Lorsqu’on est victime de discrimination en raison de son orientation sexuelle
Si en droit français, il n’existe pas de définition légale de l’homophobie, l’homophobie est néanmoins sanctionnée par le droit lorsqu’elle est source de discrimination. En effet, différents textes condamnent toutes les formes de discrimination.
a) Au plan international
Au plan international, on peut citer notamment :
• La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 :
art 1 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation »
art 7 : « Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination. »
• Le Pacte International des Droits Civils et Politique de l'ONU notamment à l’article 26 qui précise : « Toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. A cet égard, la loi doit interdire toute discrimination et garantir à toutes les personnes une protection égale et efficace contre toute discrimination, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique et de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. »
• L’article 13 du Traité instituant l'Union Européenne qui depuis 1999 permet l'adoption de règles juridiques appropriées afin de lutter contre les discriminations dans un certain nombre de situations y compris celles fondées sur l'orientation sexuelle
• L’article 14 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés (CESDH) : « La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. »
• L’article 21 de la Charte européenne des droits fondamentaux selon laquelle « Est interdite, toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l'âge ou l'orientation sexuelle. »
Ces textes internationaux et européens qui interdisent les discriminations sont reconnus par les juges français comme sources du droit. Le principe de non discrimination est un principe fondamental du droit que le juge doit faire respecter.
Si les textes internationaux qui condamnent les discriminations sont nombreux, néanmoins très peu visent directement l’homophobie et l’expression « discrimination selon l’orientation sexuelle » est préférée.
b) Au plan national
Il existe également des textes qui condamnent les discriminations en France. On peut ainsi citer :
• L’article 225-1 du Code Pénal : « Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques en raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. »
• Par ailleurs, l'article 225-3 du nouveau Code pénal punit de 3 ans d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende le fait :
- de subordonner la fourniture d'un bien ou d'un service à une condition discriminatoire (par exemple exclure une personne d'une boîte de nuit du fait de la couleur de sa peau) ;
- de subordonner une offre d'emploi à une condition discriminatoire (par exemple : de demander des stagiaires qui ne soient que « blancs »).
En revanche, une discrimination basée par exemple sur le métier, le diplôme, le lieu de résidence, le type de contrat de travail (CDD, CDI, CPE, CNE, etc. ), le lieu de travail ou l'expérience semble légale.
2) Lorsqu’on est victime d’actes de violence
Le Code Pénal prévoit l'aggravation des peines pour certains actes délictueux, comme des violences physiques, lorsque le mobile est raciste ou homophobe. La loi du 3 février 2003 punit plus sévèrement une agression lorsqu'elle est raciste. Celle du 18 mars 2003 punit plus sévèrement une agression lorsqu'elle est homophobe.
Par conséquent, aujourd’hui, l’une des meilleures manières de lutter contre l’homophobie – et toute autre forme de discrimination – est donc de ne pas s’enfermer dans un mutisme profond ou de s’isoler mais au contraire d’oser se défendre en exploitant les structures légales qui sont mises à notre disposition.