Réalisé par Emilio Estevez
Film américain.
Genre : Drame
Durée : 1h 52min.
Année de production : 2006
Distribué par TFM Distribution
Dans la nuit du 4 au 5 juin 1968, l'Amérique va connaître un des épisodes les plus tragiques de son histoire : l'assassinat du Sénateur Robert F. Kennedy. Figure charismatique du parti Démocrate et candidat à la Maison Blanche, "Bobby" a insufflé un nouvel esprit en politique et rallié autour de lui des millions d'Américains aspirant à la paix et à l'équité sociale. Il incarne à lui seul l'espoir de renouveau et de justice de son peuple.
À l'Hôtel Ambassador de L.A., on se prépare à accueillir Kennedy dans l'attente de sa probable victoire à la cinquième des six élections primaires. En ces quelques heures vont se jouer les destins d'une vingtaine de personnages hétéroclites, dont l'ancien portier John Casey (Anthony Hopkins) et son inséparable ami Nelson (Harry Belafonte) ; le directeur de l'établissement, Paul Ebbers (William H. Macy), sa femme Miriam (Sharon Stone), sa jeune maîtresse, la standardiste Angela (Heather Graham) ; Patricia, la collègue de cette dernière (Joy bryant) ; le personnel de l'office : l'odieux
Timmons (Christian Slater), en instance de licenciement pour conduite et propos racistes, le suave et élégant sous-chef Robinson (Laurence Fishburne), les aides latinos José (Freddy Rodriguez) et Miguel (Jacob Vargas) ; Susan, la barmaid de la cafétéria (Mary Elizabeth Winstead), qui rêve d' une carrière d'actrice. Parmi les nombreux invités : la chanteuse alcoolique Virginia Fallon (Demi Moore), son mari Tim (Emilio Estevez) ; une jeune fille (Lindsay Lohan), qui a consenti à se marier pour éviter à un garçon (Elijah Wood) de devoir se battre au Vietnam ; un grand bourgeois dépressif de la côte Est (Martin Sheen) et son épouse (Helen Hunt), qui cherchent à donner une seconde chance à leur couple. Et, dans l'orbite du candidat : deux assistants, Wade (Joshua Jackson) et Dwayne (Nick Cannon) ; une journaliste tchèque (Svetlana Metkina), et deux militants novices, Jimmy (Brian Geraghty) et Cooper (Shia LaBeouf), prêts à vivre leur premier trip sous la houlette d'un gourou/dealer illuminé (Ashton Kutcher)...

Cantonné à des seconds rôles et méconnu du grand public, Emilio Estevez a dû batailler dur pour imposer son projet et sa volonté de réaliser un tel film. "Ça fait dix ans que je suis emprisonné par le cinéma. (...) Ce fut une décennie très intéressante mais je suis content d'en être sorti". L'acteur était en pleine crise lorsqu'il a écrit ce scénario, et il a pu compter sur le soutien de sa famille pour s'en sortir, comme son frère Charlie Sheen (Hot Shots ! et Hot shots ! 2): " Tu dois finir ça. C'est potentiellement le travail d'une vie... qui va changer ta vie" lui a-t-il dit après avoir lu 30 pages du scénario. À l'arrivée, l'actrice Demi Moore et l'acteur Anthony Hopkins ont été les premiers à vouloir participer au film, suivis par de nombreuses stars.


À travers son cinquième long métrage, le réalisateur Emilio Estevez ressuscite le mythe de Robert F. Kennedy surnommé Bobby. Issu de la grande famille des Kennedy, ce dernier entretenait une étroite complicité avec son frère John Kennedy, qu'il a épaulé durant la campagne sénatoriale (1952) et présidentielle (1957-1960). Aprés avoir été le ministre de la justice sous la direction de son frère alors président des Etats-Unis, il est élu en tant que sénateur en 1965. Son discours profondément novateur, s'impose par simplicité auprès du peuple américain qui voit en lui un candidat potentiel à la présidentiel. Son style unique, associant concepts radicaux, humanisme et valeurs traditionnelles, lui vaut une immense audience, tant auprès des jeunes que des seniors, des riches que des pauvres, des blancs que des noirs. Son assassinat à l'hôtel « Ambassador » de Los Angeles, dans la nuit du 04 juin 1968 bouleversa l'Amérique qui voyait en lui l'incarnation de l'espoir de renouveau et de justice.

Anthony Hopkins, qui joue le rôle de John Casey, un portier à la retraite, a gardé un vif souvenir lors de l'assassinat de Robert F. Kennedy : "J'étais au maquillage, dans un studio de Londres, lorsqu'on m'apprit son assassinat. Je me suis dit que le monde était devenu fou. En l'espace de quelques années, on avait tué JFK, Malcolm X, Martin Luther King, et maintenant Robert Kennedy. J'ai eu le sentiment que tout fichait le camp. C'était hélas vrai.". L'acteur Harry Belafonte, qui incarne le personnage de Nelson dans le film, témoigne aussi : "J'avais travaillé pour lui et l'avais côtoyé durant pas mal de temps. Cette nuit du 4 juin a changé à jamais le cours de l'Histoire, pas seulement pour notre pays, mais pour le monde entier.". Signalons qu'il a été pendant 5 ans, le conseiller culturel des Peace Corps du président Kennedy.

La phase de l'écriture du scénario a été un moment éprouvant pour Emilio Estevez, qui s'est isolé dans un hôtel pour trouver de l'inspiration. Apprenant, qu'il était en train d'écrire un film sur Robert F. Kennedy, une employée de l'hôtel, lui confie qu'elle avait épousé un jeune homme à l'époque, qui refusait d'aller se battre au Vietnam. Ce témoignage inspira Emilio Estevez qui mettra en scène une partie de cette histoire interprétée par Lindsay Lohan et Elijah Wood.


Construit sur le Wilshire Boulevard à Los Angeles en 1921, l'hôtel Ambassador a accueilli les présidents des Etats-Unis, ainsi que les plus grandes stars d'Hollywood. Son célèbre cabaret le Coconut Grove animait la vie nocturne de Los Angeles. Vingt ans après la mort de Robert F. Kennedy, ce lieu mythique a dû fermer ses portes car il était devenu trop ancien. Au terme d'une longue bataille juridique, il a été décidé en 2005 de construire une école sur son site.
La séquence finale qui met en scène l'impuissance et la panique des personnages au moment de l'assassinat du sénateur, était non seulement difficile à réaliser sur le plan technique mais aussi éprouvant pour les comédiens. Jacob Vargas, qui interprète Miguel, un garçon de cuisine, se souvient : "Il régnait sur le plateau une atmosphère étrange et inquiétante...Des corps gisaient à terre, il y avait du sang partout, les gens hurlaient au comble de la panique. J'en ai eu la chair de poule rien qu'en visionnant le playback." Cette scène avait une importance vitale pour le réalisateur parce qu'elle clôt le film mais aussi parce qu'elle délivre le message anti-violence de Robert F. Kennedy, donné dans un discours en avril 68, et dont les extraits sont présentés en montage alterné dans la séquence.
« Notre vie sur cette planète est trop courte, la tache à accomplir est trop grande. Mais nous pouvons nous rappeler que ceux qui vivent avec nous sont nos frères, qu’ils partagent avec nous la même brève existence. »
Robert F. Kennedy