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Trilogie Shogun

 

 

 

 

1er Film

TRILOGIE SHOGUN - Shogun Samouraï
Réalisateur : Kinji Fukasaku
Acteurs : Kinnosuke Nakamura, Sonny Chiba, Hiroyuki Sanada
Genre : Historique japonais
Film japonais 1978
Durée : 2h04

SHOGUN SAMOURAI : Japon des Tokugawa, en 1623 - Les deux héritiers du Shogun Hidetada (mort empoisonné) se déchirent dans une guerre fratricide où chacun en appelle à l'Empereur. Des unités d'élites sont mises à contribution, y compris des Ninjas.

 

Shogun Samourai [Yagyu ichizoku no inbo] de Kinji Fukasaku constitue, après 12 ans d'absence, la renaissance du JidaiGeki ou film historique sur les écrans japonais. Shogun Samourai est tout naturellement l'étalon classique de cette trilogie puisqu'il en marque le point de départ mais aussi dans la mesure où Fukasaku livre une chronique sombre qui dépeint les valeurs féodales des Tokugawa. Simplement, Fukasaku rend cette exaltation séduisante en y introduisant une violence graphique impressionnante, en procédant à un casting toujours remarquable, en utilisant certains effets de style (décadrages) et certains éléments sophistiqués d'intrigue qui tirent le film vers le baroque. Cependant Fukasaku ne dévie pas d'une ligne directrice précisément tracée. Le recours à la figure légendaire de l'acteur Yukinojo expert en arts martiaux, par exemple - même s'il remémore au cinéphile le Yukinojo Henge [La Vengeance d'un acteur] (1963) de Kon Ichikawa, lui-même inspiré du film de Daisuke Ito de 1935 - n'a ici pour but que d'exprimer la fidélité totale de Yukinojo aux valeurs féodales Tokugawa les plus archaïques mais, semble nous dire Fukasaku, aussi les plus nécessaires à la définition de la nipponité. Autre exemple de faux-ami : la tache maudite qui défigure l'un des deux frères prétendants, évoque inévitablement aux yeux du même cinéphile, celle qui défigurait le héros tragique, prédestiné à la mort et à la destruction, incarné par Chiezo Kataoka dans le sublime Yoto monogatari : hana no Yoshiwara hyakunin giri [Meurtre à Yoshiwara] (1960) de Tomu Uchida. Mais Fukasaku ne fait pas davantage dévier le film vers cette autre direction : il traite les deux frères fonctionnellement sur un pied d'égalité stricte. Même la démentielle autopsie nécrosadique du Shogun empoisonné se tient dans un registre fonctionnellement historique, de simple élément objectif.

 

 

Fukasaku a participé à l'écriture de ce scénario qui évoque forcément les Tragiques antiques ou Shakespeare pour un Européen cultivé : un mélange fascinant d'histoire (certains éléments, tout comme dans ses films de Yakuza, sont identifiés et datés très précisément par des incrustations sur l'image) et de légende. Certains éléments concrets, parfaitement mis en œuvre par la direction artistique, ont – outre leur valeur spectaculaire évidente - une stricte valeur éducative et historique : les chateaux en bois inspirés de l'architecture chinoise de la dynastie Ming (bien connus du spectateur français depuis La Rage du tigre) sont en effet ceux qu'on voit à l'écran.

 

Exalter les Tokugawa en 1978, c'est peut-être aussi pour la Toei et pour Fukasaku, donner satisfaction à deux catégories de public, le public populaire toujours avide d'histoire nationale haute en couleurs et avides des derniers effets techniques, et la droite nationaliste japonaise qui apprécie cette période où les conflits se déroulaient entre Japonais sans influence étrangère excessive. Cette exaltation s'oppose en outre fondamentalement aux idées socialistes et communistes en vogue chez certains milieux étudiants au Japon comme ailleurs à cette époque.

 

Elle se présente même comme une alternative possible au désir de violence inhérent à la jeunesse : servir la tradition au lieu de servir un changement dangereux, qui plus est à la solde de l'étranger (Chine et U.R.S.S. pour ne citer que les plus importants à ce moment). Reste que l'habileté commerciale des scénarios permettent aussi de les visualiser comme des critiques lucides et sans concession des mœurs politiques des Tokugawa. Mais c'est assurément un faux-semblant, et rétrospectivement une méprise totale du point de vue de Fukasaku qui traite les conflits des Tokugawa avec le même soin fétichiste, la même admiration profonde, qu'il traîtait les rivalités "politiques" au sein des clans Yakuza dans ses films policiers modernes : des êtres d'élite s'affrontent dans les deux cas, exprimant de cette manière l'essence du Japon, et ces combats japonais méritent d'être connus, représentés et admirés. Enfin, autre grille de lecture non négligeable qui peut avoir existé, et qui nous échappe aujourd'hui (d'autant plus que nous sommes étrangers) mais qui n'échappait sans doute pas aux spectateur japonais avertis et cultivés, à la sortie du film : de fines allusions possibles à la situation politique contemporaine traditionnellement complexe, notamment aux rivalités entre chefs de groupes d'influences au sein du Parti Libéral Démocrate.

 

 

 

 

2e Film

TRILOGIE SHOGUN - Shogun Ninja
Réalisateur : Norifumi Suzuki
Acteurs : Hiroyuki Sanada, Sonny Chiba, Etsuko Shiomi, Tetsuro Tamba
Film japonais 1980
Genre : Jidai-Geki
Langue : Français
Durée du film : 1H41

SHOGUN NINJA : Japon pré-Tokugawa vers 1590 - le clan Momochi Sandayu est exterminé par un Shogun au service d'un tyran. Le retour de Chine de son unique rescapé galvanise ses partisans clandestins. Il déclenche une guerre totale, avec l'aide de redoutables Ninjas.

 


 


Shogun Ninja [Ninja bugeicho Momochi Sandayu] de Norifumi Suzuki n'étonnera que ceux qui découvriraient la société de production-distribution Toei d'une part, le cinéaste Norifumi Suzuki d'autre part, à cette occasion. Les autres (ceux qui sont familier du cinéma ultra-violent de la Toei et qui ont vu le si beau Shaolin Karaté tourné à la même époque par Suzuki) reconnaîtront sans peine certains éléments constitutifs de son style surréaliste. Suzuki donne la vedette, aux côtés de Sonny Chiba, à Hiroyuki Sanada qu'on avait pu voir dans un rôle plus modeste chez Fukasaku en 1978.

 

Le croisement esthétique curieux de la musique (Jazz, chanson populaire et même une pointe de Disco) et d'un scénario se déroulant à l'époque médiévale en est un de taille ! Le sadisme outrancier en est un autre : combats sanglants, tortures, et brutalités se succèdent à un rythme effréné (raison pour laquelle le film est "déconseillé aux moins de 12 ans" à juste titre). Il est vrai que c'est une caractéristique très partagée à l'époque par ses collègues cinéastes oeuvrant pour la même firme mais enfin celui de Norifumi Suzuki a toujours été particulièrement dément. L'ironie est non moins constante : elle finit par être une source ambivalente d'inquiétude et de féérie car elle voisine avec une sincérité absolue. C'est un cinéma adulte bien qu'il semble s'adresser aux adolescents. La sophistication technique est reine : un zoom avant d'une belle lenteur sur la mère joueuse de flute, promise au suicide, presque fantômatique (le plan en question serait parfaitement à sa place dans un "Kwaidan eiga", un film de fantômes japonais) alterne avec des plans subjectifs qui nous mettent à la place des Ninjas-araignés volant d'arbres en arbres. Suzuki a l'art de décrire une situation en quelques plans brefs : une fête foraine rabelaisienne au cour de laquelle réapparaît le héros semble prise sur le vif. Mais elle dégénère vite lorsqu'un spectacle érotique échauffe les esprits, et finit en combat survolté.

 

Aux conventions du cinéma historique antérieur, qu'on lui demande tout de même d'illustrer, Suzuki sacrifie avec un constant clin d'œil vers autre chose : la poésie pure du plan, brusquement surgi sans qu'on s'y attende. Elle peut déboucher sur le fantastique (le rôle assez démoniaque tenu par Chiba, protégé par deux créatures un peu simiesques), sur l'amour fou (la jeune chinoise interprétée par Li Yi-long incarne vraiment cela, au sens qu'André Breton ou Ado Kyrou auraient donné à ce terme) au moins autant que sur l'éducation historique du jeune adolescent japonais des années 1975 ! Les plus âgés devaient savourer particulièrement des plans délirants techniquement inédits de ninjas grimpant en accéléré aux arbres comme des araignés, ou des geishas se transformant en redoutables guerrières l'espace d'un instant. Shogun Ninja brille aussi en raison de la chorégraphie très inventive des combats mis au point par Chiba lui-même et d'un casting bien dosé, d'une direction artistique soignée, d'un budget assez généreux. Son scénario est semblable à bien d'autres du genre historique : une trahison, une usurpation, une rébellion, un ou des amours contrariés, une fidélité indéfectible, la renaissance d'un Japon fragilisé grâce à l'advenue des Tokugawa. Tout cela est, vers 1975, devenu une coquille figée du Jidai-Geki mais une coquille avide de nouvelle chair vivante, que Norifumi Suzuki remplit d'un sublime délire.

NB. : il ne faut bien sûr pas confondre cet étrange coquillage avec le Ninja bugei-cho (1967) de Nagisa Oshima qui se passe à une époque légèrement antérieure du XVIe siècle.

 

 

3e Film

TRILOGIE SHOGUN - Shogun Shadow
Réalisateur : Yasuo Furuhata
Acteurs : Sonny Chiba, Ken Ogata, Tetsuro Tamba, Miyuki Kano, Sayoko Ninomiya, Hiroki Matsukata
Genre : Jidai-Geki
Film japonais 1989
Langue : Japonais sous titré Français
Durée du film : 1H47

SHOGUN SHADOW : Japon des Tokugawa en 1651 : le troisième Shogun des Tokugawa, nommé Iemitsu, aveuglé par une haine ombrageuse, tente de faire assassiner son fils aîné. Des samourais sont chargés par un protecteur rebelle de sauver l'héritier légitime des griffes d'une armée de 5000 soldats. Mais l'enfant parviendra-t-il vivant vers Edo ?

 

Shogun Shadow [Shogun Iemitsu no ranshin : gekitotsu !] de Yasuo Furuhata est une des versions de l'histoire classique de cet autre Shogun Tokugawa que fut le tristement célèbre Iemitsu. L'ombre de la folie –une folie oedipienne aussi profondément tragique et shakespearienne que celle qui imprégnait le film de Fukasaku- plane sur tout le film et lui donne son titre original. Qu'on se souvienne de Hasegawa to roppa no Iemitsu to Hikoza [Le Shogun Iemitsu et son mentor Hikozaemon] (1941) de Masahiro Makino : la comparaison vaut au moins sur le plan thématique du Jidai-Geki mais nullement sur le plan esthétique. Voire… ? Après tout, l'ensemble de cette trilogie baigne tout de même dans une "culture devenue sacrement » (pour reprendre l'expression de D.W. Davies, citée par Donald Richie, à propos du film de 1941). Mais ce qui intéresse Furuhata, c'est surtout l'évolution syntaxique de la manière de filmer : il n'hésite pas à recourir à un montage spectaculairement heurté (un plan d'ensemble immense succède à un plan rapproché), domine des effets spéciaux d'une précision souvent magistrale, insère quelques touches de "gore" et accélère le rythme pourtant déjà rapide de la narration mise au point par ses prédécesseurs, si virtuoses de la gestion du temps à l'écran. Le casting est une étonnante combinaison de stars matures mais encore très énergiques (Ken Ogata, Tetsuro Tamba, Sonny Chiba) et d'acteurs plus jeunes comme celui, remarquable, qui incarne le père fou. La musique mèle orchestre symphonique classique et le groupe The Alfee : on préfère l'orchestre symphonique. Il semble qu'historiquement, ce soit momentanément le dernier Jidai-geki doté d'un budget important.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Trois films radicalement différents les uns des autres, le premier s'apparentant plus à une grande fresque historique ; le second à une BD influencée par le manga est un peu loufoque et délirant ; le troisième se classant plus dans un registre de film crépusculaire et assez sinistre.
Un chef-d'oeuvre à voir absolument !
La trilogie de shogun est l’un de mes films Jidaigeki (est un genre de films dont l'intrigue se déroule dans le Japon féodal) préféré. A la fois beau, tragique, réaliste et puissant, toute la corruption et les trahisons existant dans le Japon féodal.
On a le droit à beaucoup d'acteurs connus et parmi eux le talentueux Sonny Chiba qui incarne le grand et charismatique Jubei Yagyu.
Shogun Ninja a inspiré Kill Bill de Tarantino. Les décors, les costumes ne font qu'embellir la qualité de la trilogie.
Ces films sont absolument magnifiques, un vrai régal !

Speed_TT

 

 

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