Je constate que de plus en plus souvent ces derniers temps, on entend parler de transexuel-le-s à la télévision. Enfin !! Comme on dit, mieux vaut tard que jamais. Il n'y a pas si longtemps que ça, passait sur une chaîne française, une émission consacrée à ce sujet dans laquelle certains chiffres étaient avancés : celui de 30% de trans' Female-to-Male (FtM) contre 70% de trans' Male-to-Female (MtF). Je voudrais d'abord vous définir ces termes.
Les transsexuels FtM sont des personnes possédant une identité de genre masculine, mais étant nées dans un corps féminin. Female-to-Male signifie passer d'une identité féminine à une identité masculine parce que l'identité féminine de base n'est pas la bonne. Dans le cas des Mtf, c'est l'inverse, l'identité est féminine, le corps de naissance, masculin. On parle de réattribution de genre.
Mais en réalité, ce sont deux points de vue très restrictifs car il y a une multitude de situations possibles.
Il existe dans les transidentités, par exemple, les « genders variants », qui se définissent alternativement comme homme ou femme, ou les « intersexué-e-s », qui sont à la fois homme et femme, ou ni l'un ni l'autre.
Chez les genders variants, le genre biologique est assumé alternativement avec le genre "d'emprunt". Chez les intersexué-e-s, on peut parler d’androgynité si les deux genres sont assumés en même temps et de neutralité si aucun genre n'est préféré.
Entre ces quatre grands pôles, se trouvent autant d'identités de genre que de personnalités différentes. Chacun-e le vit à sa manière, le plus souvent relativement mal – notre société n'admettant pas facilement que l'on bouleverse les règles établies, et vivant selon une polarité binaire navrante.
Si je vous parle de ça aujourd'hui, c'est parce que je constate au fur et à mesure que je rencontre de nouvelles personnes que les chiffres avancés plus haut sont totalement erronés. En effet, ils ne prennent en compte que les trans' au parcours officiel, et ceux qui vont "jusqu'au bout" c'est-à-dire jusqu'à l'opération clôturant ce parcours, la phalloplastie pour les FtM (reconstruction d'un phallus), et la vaginoplastie pour les MtF (reconstruction d'un vagin). Toutes les personnes possédant une identité plus ou moins transgenre sont négligées dans ces analyses. Surtout, je remarque qu'énormément de personnes étant dans un corps féminin, et ayant choisi (ou non d'ailleurs) d'aimer les femmes, se pose des questions sur leur genre, d'où la présence de cet article ici.
Je souhaiterais vous parler maintenant de ces personnes, qui sont devenues mes ami-e-s, de leur parcours, de leur ressenti face à ce sujet, et de leur questionnement sur leur identité.
Le premier dont je vous parlerai est un trans' FtM, il vit son identité masculine dans le quotidien, mais son corps encore féminin pour le moment se rappelle toujours douloureusement à sa mémoire, lui rendant la vie difficile. Il n'est pas encore opéré (ablation de la poitrine et des organes génitaux de base, phalloplastie) et ne prend pas de traitement à base de testostérone (hormone sexuelle mâle), mais il prévoit de le faire. Il attend juste d'avoir les fonds nécessaire pour entamer le traitement. Car tout cela a son prix. Depuis aussi loin qu'il se souvienne, il a toujours été mal à l'aise dans son corps, préférant s'habiller en garçon, se comporter en garçon, et ainsi de suite. Il lui a fallu du temps pour prendre conscience de son problème d'identité ; sa vie était un enfer. Le sujet étant mal connu, peu d'informations circulent et les jeunes ne sont pas assez informés de tout ceci. Ajoutez à ça des parents inexistants, et vous comprendrez sa douleur. Puis, il a découvert le transgendérisme, il a pris conscience pleinement de son identité masculine, et a donc décidé de la vivre. Il dit de lui-même "je suis né dans un corps inachevé, inadapté, comme un mauvais sort". Cependant, il ne sait pas s’il va aller jusqu'à la phalloplastie. Les techniques chirurgicales sont encore approximatives, les cicatrices horribles, et la perte de sensation possible effrayante. S’il ne fait pas cette opération, il va donc se retrouver dans une situation intersexuée, voulant nettement qu'on le considère comme un homme, refusant son identité féminine, même s’il sait toutefois qu'une part de sa personnalité peut l'être, quand on regarde sous un certain angle.
Il se retrouvera donc dans une situation "étrange", biologiquement intersexué, souhaitant que la société le considère comme un homme, mais de corps de base féminin...
Une autre personne que je connais a renoncé à tout type d'opération, aux vues du parcours du combattant que cela représente, et de la douleur encourue. Née dans un corps de femme, elle a préféré s'en accommoder tant bien que mal, malgré un certain rejet de cette féminité qui fait qu'aujourd'hui, elle se sent mal dans sa peau, qu'elle n'aime pas son corps. Elle ne parvient pas à se définir clairement elle-même, elle est masculine, maudit les gens qui ne jugent que sur l'apparence, sa transidentité représente son mal être. Elle voudrait un torse d'homme, mais refuse de faire les choses à moitié, et ne veut pas risquer de perdre l'usage de son sexe. Elle "fait avec" son corps, qui la gêne, et son identité pour la société reste féminine. Elle est donc assez incomprise mais joue sur l'ambivalence d'être à la fois femme et homme dans un même corps.
Quelqu'un d'autre se moque complètement du fait qu'on l'appelle monsieur ou madame, son corps l'encombre tel qu'il est, à savoir biologiquement féminin. Cette personne trouve trop radical de se présenter au monde en tant qu'homme, autant qu'en tant que femme. Elle a envie que la personne en face d'elle choisisse ce qui lui plaît le mieux, puisque l'un comme l'autre lui convient. Toutefois, certains jours, elle se sent plus homme que femme, et vice et versa. Elle ne parvient pas à se définir, et a peur de franchir le pas de se proclamer trans', car il s'agirait d'un premier pas vers un parcours qu'elle pense irréversible. Elle souhaiterait subir une reconstruction du torse, et en attendant va essayer les maillots de compression, pour pouvoir être un peu plus à l'aise, en dissimulant sa poitrine.
Ces personnes ne rentrent dans aucune des quatre grandes tendances que j'ai citées plus haut, pour preuve que les problèmes d'identité peuvent être multiples et qu’ils sont loin d'être simples à qualifier. Une bonne manière de les aborder, si vous en n’avez jamais entendu parler auparavant, c’est d'essayer de vous imaginer dans le mauvais corps. C'est là qu'on se rend le mieux compte des difficultés que cela peut soulever, de la douleur psychologique endurée, et du désarroi dans lequel certain-e-s se retrouvent. Le plus important, à ne pas oublier lorsque que l'on parle de tout ceci, c’est que nous sommes tous des êtres humains, capables d'aimer et de ressentir, de souffrir aussi, et peu importe le genre réel ou biologique, nous sommes tous des personnes à part entière, qu'il convient de respecter telles qu’elles sont, et qui bien souvent ne demandent qu'un peu d'acceptation en retour.
Mag