A 40 ans, t'étais qu'un môme,
Grand et maigre un peu drôle
Un putain de cordon a bousillé ta vie
Enroulé à ton cou a fait fuir ton esprit.
Putain ! Willy t'en voulais même pas à Dieu !
T'avais des sourires plein les yeux.
Après 2 semaines, bousculé par les autres,
Bras plâtré, visage plein d'hématomes,
Tu m’faisais coucou derrière la vitre en verre
Avec ton regard nigaud, ton lange traînant par terre.
Ce que t'étais lourd quand tu pissais partout
Mais Willy j’t'en voulais pas du tout !
J'ai fermé les yeux quand ils m'ont annoncé
Qu'hier matin ils t'ont trouvé crevé
C'est injuste, merde t'as même pas dit aurevoir
Tu t'es cassé de ce monde comme un vrai fuyard.
A 40 ans, t'étais qu'un môme,
Grand et maigre un peu drôle
Une boulette de pain a abrégé ta vie
Enfoncée dans ton cou a fait fuir mon ami
Il en a croisé des maboules, des demeurés, des illuminés. Ceux là qui restaient à peine quelques semaines pour qu'on les gave de médocs. Puis ceux qui comme lui se retrouvaient enchaînés et qu'on enterrait dans le cimetière près de la chapelle.
Il en a croisé des "éducateurs" qui lui refusaient d'appeler sa maman au paradis, qui lui donnaient 2 clopes par heure. Et il gueulait, il faisait peur exprès pour qu'on lui foute la paix. Avec ses trois chicos de dents, sa barbe qui lui poussait sur le visage, son lange taille XS qui malgré tout pendouillait dessous son pantalon râpé. Il faisait peur, les autres s'en méfiaient, osaient pas l'approcher.
Il se sentait pourtant vieillir. Quand il regardait son lapin complètement déplumé, il voyait que son temps était compté. Il montait plus les escaliers. Dans l'ascenseur il grognait en montrant les dents, ça lui faisait comme de la peine. Puis pour se laver fallait pas l'approcher, il se cachait seul dans son coin, comprenait pas les plis sur son corps décharné. Pleurait de plus savoir manger.
Même ses délires étaient abîmés, il parlait plus à la télé. Le soir il serrait fort lapin, il avait peur mais disait rien. Il était trop fier, s'était battu toute sa vie pour se faire respecter et il voulait pas se relâcher.
Puis il a croisé un maboul, pas plus haut qu'un gosse. Un sale gamin qui avait peur de rien. Surtout pas de ce vieillard qui faisait son malin. Le petit lui a dit "Passe par l'escalier". Le vieux il a gueulé et l'autre l'a poussé. Il a senti ses os éclater sous le choc, il a su que maman n'était plus très loin.
Il est pas libéré de son pavillon, il y est enterré et y passera sa mort. Devant son cercueil y a des dizaines de gens : des barges, des demeurés, des alcoolos, des drogués. Mais avant tout y a plein de potes qui lui offrent une dernière clope. Il aurait aimé ça, lui qui détestait les fleurs.