C’est avec beaucoup de bonne volonté que je réponds à votre enquête sur les lesbiennes telles qu’elles sont perçues par les hétérosexuels, car ayant découvert qu’une personne de ma très proche famille était lesbienne je me sens très concernée.
Je vais donc vous faire part de l’évolution de mon opinion sur la question en vous disant ce que je pensais avant d’avoir fait connaissance avec des lesbiennes et développé des liens d’amitié avec elles et ce que je pense maintenant que j’ai l’habitude de les côtoyer.
I – Avant de mieux les connaître, je n’éprouvais aucune hostilité envers les lesbiennes, mais je ne les comprenais pas. J’étais persuadée qu’être homosexuelle c’était un choix, que l’on ne naissait pas lesbienne, mais qu’on le devenait. Je pensais que certaines de ces femmes avaient eu à souffrir des hommes et ne pouvaient plus éprouver d’amour pour aucun d’entre eux. Il me semblait qu’elles avaient peut-être été trop cruellement déçues dans leur vie privée par le comportement d’un homme ou de plusieurs et qu’une fois pour toutes, elles avaient décidé de rejeter les hommes. Je pensais que pour de nombreuses lesbiennes, il s’agissait peut-être d’une prise de conscience aigue du fait que depuis toujours, dans toutes les sociétés, les femmes sont opprimées par les hommes, maltraitées, exploitées, humiliées et qu’en conséquence il leur était impossible de ressentir un sentiment amoureux envers un homme quelle que soit la valeur de celui-ci.
Bien entendu, j’adhérais à tous les clichés : pour moi les lesbiennes étaient des « garçons manqués » ; avaient obligatoirement une allure masculine, aimaient à se faire confondre avec des garçons, exerçaient des professions réputées typiquement masculines (conductrices de poids lourds notamment).
En quelque sorte, je croyais que l’on devenait lesbienne par dépit, par ressentiment contre les hommes et contre la société faite par eux à leur profit et qu’une lesbienne consacrait tous ses efforts à démontrer qu’elle était capable de faire tout ce que les hommes étaient capables de faire, tout ce qui était réputé comme exclusivement réservé aux hommes et de le faire mieux que les hommes.
II – Depuis que je sais qu’une personne qui m’est très proche est lesbienne, que je connais plusieurs de ses amies et qu’elles sont devenues mes amies à moi aussi, je vois les choses tout à fait autrement.
Tout d’abord, j’ai compris qu’une lesbienne n’était pas obligatoirement un « garçon manqué » ; certaines ont une allure très féminine ; il y en a dans toutes les professions, tous les milieux. N’importe laquelle de nos voisines, de nos collègues, des femmes que l’on côtoie quotidiennement peut être lesbienne : dans son apparence, il n’y a pas de lesbienne type et surtout, certaines filles qui se donnent des allures de dures, de « garçons manqués » ne sont pas du tout lesbiennes et font cela pour se singulariser.
Je pense avoir perçu l’essentiel ; c’est-à-dire que l’on ne devient pas lesbienne par choix ou parce que l’on a été trop maltraitée par les hommes, mais que l’on naît lesbienne, que ceci est inscrit dans nos gênes.
J’ai découvert qu’il y avait beaucoup de solidarité entre les lesbiennes et qu’elles sont même solidaires avec toutes les femmes (lesbiennes ou non) dès lors qu’il s’agit de femmes opprimées, de femmes qui souffrent. Elles sont sensibles à toutes les injustices, les discriminations (même celles qui concernent les hommes) ; elles sont en général généreuses et humaines.
De plus, elles sont en général courageuses et travailleuses car elles ne poursuivent pas le rêve qui est celui de nombreuses femmes hétérosexuelles : se faire totalement prendre en charge par un homme qui devra subvenir à tous leurs besoins.
C.