De passion en passion…

 

Comme toutes ici bas, nous avons au moins une passion…oui bon : celle qu’on aime bien sûr ! Mais perso j’ai envie de vous parler de ces passions qui non seulement vous permettent de payer vos factures mais aussi de vous épanouir dans votre vie « tout court ».

Depuis mon enfance j’ai toujours eu cette passion pour les camions U.S (trucks), ma mère y étant pour grand-chose ! Merci maman ! Je me rappelle donc lui avoir offert une maquette faite him-self, pas fière la fille !...pour une fête des mères…toujours avec ma mère nous allions voir les expos des « vainqueurs camions » du Dakar s’émerveillant devant telle ou telle « révolution technique ». Bref comme l’équitation du côté de mon père, les trucks font toujours partie des conversations familiales !
Mais époque faisant, les métiers « offerts » aux filles commençaient certes à s’ouvrir un peu, mais pas celui de chauffeur poids lourd….alors, après avoir fait une croix sur « mécanicienne au sol aéronautique », « infirmière interventionniste dans l’armée de terre » (pas d’équivalence à l’époque avec le public), je trouvai (enfin) ma voie dans le secteur de la santé…
BEP, BAC pro, et 3 années de plus voilà mon diplôme d’infirmière en poche (oui j’aime bien faire des détours parfois.. surtout scolaires !). Le « problème », c’est que je me sentais plus technicienne que « nurse » au sens propre du terme….donc les services « dits techniques », attirèrent mon attention : premier entretien et hop me v’là en service de réanimation/soins intensifs/urgences. Il faut dire aussi que j’avais pu valider ma formation de dialyse juste après mon diplôme, ce qui fut un plus dans ce service. 12 ans passèrent à une vitesse folle ! Ce métier est passionnant, extraordinaire, chaque geste fait partie intégrante d’un ballet réglé à la perfection, et même si la mort fait partie du « lot quotidien », elle fait partie aussi intégrante des 12 heures de travail. J’étais pas une « sans cœur » mais son cœur, ses sentiments, on les laisse aux vestiaires !...Je pense que c’est pour cela que j’ai autant « tenue » dans un tel service (la moyenne étant de 2 ans voir 3 ans maxi). La fatigue, le stress deviennent les moteurs, deviennent nos « amis », on n’y prête plus attention, même si le réveil est un peu plus lourd certain matin. L’arrivée devant les portes du service, mettre sa tenue, c’est comme mettre une carapace et à la fois « un glouton de fatigue » : hop tout « s’envole » !

Puis la vie a fait que j’ai arrêté, contrainte pour suivre un amour, voulue parce que l’équipe si soudée, si humaine avait changé et que je ne voulais plus cautionner les erreurs médicales faites par certains…
Dans un premier temps, on « encaisse », un grand « élan de fatigue » m’envahit …puis mon corps qui avait tant « pris sur lui » décide de me rendre « ma pièce » !...tout le stress engrangé pendant ces années avait fait bien son travail : ulcère gastrique, articulation d’une épaule en « vrac », puis moralement je n’arrivais plus à « avancer » !.....cela dura 1 an…1 an à me traîner oui c’est bien le mot ! Des douleurs diverses et variées qui me faisaient prolonger mon arrêt maladie chaque mois…
J’ai changé de région, je me suis mise a mon compte, en me disant : ben là tu seras bien obligée de travailler !.....mon cœur n’y était plus….4 années ainsi…puis le clash !.....quand l’esprit ne veut pas ….je suis repartie ailleurs mais cette fois- ci comme commerciale toujours dans la santé, il faut dire qu’avec mon CV, le travail était facile à trouver. Là non plus….4 mois…à rouler (ça : génial !) et à me dire que les 12 années passées avaient eu comme effet de « compter double » et qu’il était tant de changer. Oui accepter que la souffrance, la mort, les odeurs (oui vous avez bien lu)….tout cela m’avait broyée, et qu’il était tant de changer radicalement de voie…

J’aime toujours ce métier, l’urgence restera « dans mon cœur »….mais je sais qu’il ne me sera plus possible de travailler ainsi en « borderline » tout le temps.  Alors comme je n’aime pas faire les choses à moitié, j’ai décidé de tourner, prendre un virage à 380° dans ma vie…oublier « mon ancienne » vie sociale. Inscription à l’ANPE, aux Assedic, recherche de taff, et me voilà dans le transport. Dans un premier temps (permis oblige) je ne fais que du «V.L», messagerie, jour, nuit, tractions longues, avec ou sans relais, « l’envie » me revient, un autre stress me fait « vivre ». Je persiste dans cette voie et je passe successivement (c’est la loi) le permis poids lourd (P.L) ou « C », puis le super lourd (S.P.L) ou « EC » c'est-à-dire pour conduire les semi remorques...et me voila « plein pied » dans cette passion d’enfance, que je n’avais pas quittée certes ! Partir la semaine en France ou hors frontière.

La solitude ? Perso elle ne me pèse pas… Car je vis ce que j’aime !
Les amours comment ils suivent : ben ils suivent pas : par choix perso, mon cœur sur ce point s’est refermé….
Les ami-e-s….pas ! Le problème est réglé ! Après m’être bien faite avoir, pas la peine de persister…
Tout ce que j’aime, c’est le lundi monter dans ma cabine et me dire « que l’on va faire un long et beau voyage…tous les deux (ou IZA : mon truck et moi !) ». C’est un métier exigeant, la fatigue est présente, je ne le nie pas, coucher sur un « lit ( ?) », banquette, manger quand on peut (par rapport aux horaires conduites/repos)…conduire un 44 tonnes n’est pas « de tout repos » bien au contraire ! Il ne faut pas se fier à la « cool attitude » des chauffeurs à volant….c’est être en permanence sur le qui-vive, on n’arrête pas un camion comme une voiture, et cela demande une concentration « extrême ». Ce n’est pas pour rien que l’on nous oblige (disque imprimeur à l’appuie (chronotachygraphe : pour les techniciennes ! lol !)), après 4h30 de conduite un repos de 45 minutes obligatoire…faites la comparaison avec votre conduite voiture…perso je peux conduire sans arrêt 8 heures sans problème, sans ressentir la moindre fatigue….faire plus de 800kms en une seule traite ne me fait pas peur, et j’ai souvent fait…

En camion, TOUT est danger ! Même nous-même…le moindre petit coup de volant, ne serait-ce de 1 cm et c’est la semi derrière qui va quelques instants - donc pas mal de mètres après -réagir de 20 cm sans problème ! Imaginez sur une voie la largeur des camions est de 2m50/2m60….quand il est aligné ! On a en moyenne 16 vitesses, on peut aller jusqu'à 18 sur certains….18 mètres de long en semi (longueur tracteur +semi)…un peu plus de 20 mètres pour les porteurs de voitures…

Arrêter un camion c’est D’ABORD le ralentir ! Sur au moins deux fois sa longueur à 90 Kms/h…puis on arrête complètement le véhicule quelques mètres plus loin ENCORE…il peut se passer tellement de choses pendant ce temps…. Ce n’est pas pour rien que tous les 5 ans, les chauffeurs français ont une évaluation de 4-5 jours obligatoires pour (re)valider leur permis. (Je résume les termes et méandres administratifs).
Oui chauffeur poids lourd, ce n’est plus « marcel gros bras petite tête » qui conduit. Certes il en reste encore, mais comme d’habitude c’est une minorité qui « casse » le plus grand nombre de gens compétents, soucieux d’avoir entre leur mains « une machine à tuer ».

J’espère que par ces quelques lignes vous aurez une autre vision des chauffeurs…

P.S : pensez à nous au rond-point ! : mettez vos clignoteurs (on démarre et on ne s’arrête pas facilement), et respectez ce que l’on met …ne passez pas « absolument » par la gauche…il nous faut de la place pour tourner…. ! Et l’on ne voit rien dans les rétros quand la semi est « cassée » et dépasse du tracteur ! Merci Wink

Iza

 

 

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