Les Dangers du Net

 

J’ai choisi de raconter cette histoire, pour tenter de sortir d’une impasse.

Tous les noms de mon témoignage ont été changés, et c’est bien la seule chose qui a été éloignée de la réalité.

J’ai finalement décidé de mettre cette « histoire » sur la toile, parce que je suis fatiguée de douter, de chercher malgré moi-même les traces de ses passages, les traces d’autres ravages.

Cette personne là pourrait, et devrait être en prison à l’heure qu’il est. Mais pour se faire, il aurait fallu que une ou plusieurs mineures concernées à l’époque, ou concernées actuellement, déposent une plainte. La plainte d’une adulte semble être un risque à prendre. Tous les adultes dont je vais parler dans cette histoire, ou du moins la majorité, ont connu des situations de fragilité importante, ou en connaissent encore.

 

Le commencement :

J’avais quitté Paris déjà depuis plus d’une année. Je n’ai pas quitté Paris de gaîté de cœur, mais plutôt comme un animal malade qui cherche une retraite. J’ai quitté avec cette ville la minette que j’étais. J’ai quitté mon ami de l’époque, qui m’avait quittée lui aussi pour une autre « avec qui il aurait pu se marier, et avoir des enfants ». Je n’étais pas cette femme. J’avais tout pour « savoir mon homosexualité », je le savais d’ailleurs. Des aventures, ce que j’ai nommé moi-même « des portes cochères », et une histoire, ma première histoire, avec quelqu’un de dix ans de moins que moi. Le « savoir » est une chose, l’accepter est une autre affaire. Il ne suffit pas de dire « je suis homo », voilà mes amis, « je suis homo », voilà mes parents, « je suis homo », et roule la vie. D’ailleurs les choses ne sont pas passées ainsi. Le principe fait que les choses sont acceptées, voire « encouragées ». Bien plus tard, en racontant à mes amies proches ce qu’il s’est passé pour moi durant ces années de « disparition », après mon départ de Paris, j’ai entendu ce que j’avais au fond toujours su : « j’ai eu du mal avec ton homosexualité,  j’ai encore un peu de mal, parce que je ne te reconnais pas dedans, cela ne te « correspond pas », ou du moins cela ne correspond pas à l’image que j’ai de toi ».

J’ai quitté Paris aussi après avoir appris l’existence d’une maladie dans mon corps, une maladie qui peut toucher la motricité de façon grave, ou bien se taire durant toute une vie. Je n’étais pas prête à jouer au poker avec elle, peur qu’elle gagne vite la partie. Je n’ai pas eu non plus l’aide qu’il fallait pour accueillir cette maladie. J’ai agit instinctivement, animalement, fuir le terrain envahi par des prédateurs, fuir loin, et laisser ce bout de femme là, avec touts ses projets, sa ténacité, son ignorance aussi d’une partie du monde.

Je me suis donc retrouvée à 500 bornes de Paris, en vivant avec une nana, dans le mensonge le plus total : nous étions parfois amies, parfois sœurs, mais jamais des amoureuses. Après deux années de retraite, les choses n’allaient plus, si toute fois, elles avaient été depuis mon départ. Je bossais en free lance. De ce côté-là au moins, les choses allaient bien pour quelqu’un qui se lançait. Mais je voulais raccrocher le wagon que j’avais dévissé de sa locomotive, et suivre une longue formation dans les effets spéciaux, à Paris. Pour des raisons administratives, ma formation, après avoir été acceptée (le financement), fut refusée à la dernière minute. Je me retrouvais donc sans contrat, sans indemnité chômage, sans rien, avec un enchaînement rapide de dettes. Dans la foulée, un matin, je me retrouvais paralysée d’une jambe, et devais vivre ma plus grosse crise de cette maladie ingrate et inconnue.

Une année auparavant, on m’avait demandé de faire la mise à jour mensuelle d’un site, d’une revue, se définissant féministe et lesbienne. Ce que je faisais, avec plaisir, je lisais à peine les articles, mais j’aimais bien mon côté anonyme : je ne connaissais personne, je ne m’y investissais pas d’un point de vue personnelle, ne lisais jamais les courriers de la liste interne. En fait, je ne comprenais pas l’existence de ce site. A 28 ans, je n’avais jamais tchaté, je n’avais jamais participé à un forum, je ne comprenais pas pourquoi des lesbiennes voulaient se rassembler sur un site, je ne comprenais pas ce besoin de regroupement, de revendications, ces dénonciations perpétuelles de cet autre monde, nouvellement appelé « hétéro normé », ce monde d’où je venais, et dont je n’avais pas eu en fait à souffrir, ni dans mes relations amoureuses, ni dans mes relations de travail. Je ne le subissais pas, tout simplement, même si j’étais homo. Je ne comprenais pas non plus cette attirance pour des existences virtuelles, les pseudos, les fiches profil, je ne comprenais rien. J’abordais les choses avec amusement, comme une nouvelle aventure.

Au début de cette crise, j’allais commencer mon dernier contrat. Ca devait être au début de l’été. Je pouvais très difficilement conduire, marcher avec peine, sur deux béquilles, et végétais d’une chaise à une autre, devais gérer des prises de médicaments de plus en plus forts, de plus en plus assommants, dont j’étais de plus en plus dépendante aussi, voler quelques heures de sommeil de ci de là, m’accoutumer à une douleur sans précédent, soutenir le regard de ces autres qui ne comprenaient pas ce qu’il m’arrivait, et gérer ma trouille, ma trouille devant mon monde qui s’écroulait, mes dettes, ma fatigue, les tensions avec mon amie, mes chiens et chats dont je n’arrivais plus à m’occuper. Mon refuge fut alors le net. Dés lors que j’ai franchi la porte du tchat, je devais mettre les pieds dans un monde totalement inconnu, qui n’avait plus grand-chose avec celui d’où je venais.

Les règles semblent les mêmes, on y dit "bonjour", "au revoir", "merci", "à bientôt", merde, on y rit, on y pleure. Puis je me suis investie dans le site, j’ai commencé à rédiger des « articles », comme on les appelait. C’est là que je l’ai rencontré elle, pilier vétéran du t’chat, chef d’orchestre du site. Je n’ai eu de contact réel avec cette personne que lorsque les choses ont commencé à être sérieusement inquiétantes pour moi : plus de travail en perspective. Avant, je me connectais sur le t’chat, mais on ne se parlait pas. Et puis très rapidement, les choses ont changées. Une chienne avait des chiots, je devais les donner, je n’arrivais plus à assumer ni la charge financière qu’ils représentaient, ni l’attention qu’il leur fallait, ma vie entière m’échappait, filait, s’évaporait comme une hémorragie. Quelqu’un sur le t’chat m’a lu, moi, qui tentait de refourguer ces jeunes chiens. Une personne mineure à l’époque, à qui je n’avais jamais parlé, et qui m’a prise en pv (tchat entre 2 personnes, en privé) juste pour me dire « je vais appeler quelqu’un », bouge pas. La personne est revenue peu de temps après pour me dire que je devais me présenter chez « chocolate », à une centaine de km de chez moi, avec le dernier chien qu’il me restait à donner. Ce que j’ai fait le jour même. Tout était dans une ambiance de secret, presque mystique, le simple fait d’avoir son numéro de tel me conférait une sorte d’accès privilégié. Je me suis donc présentée, là bas, au milieu de nulle part, en pleine campagne, chez ce couple de lesbiennes. C’est chocolat qui m’a accueillie, sa compagne est à peine venue me saluer. Mais plus tard, en début de soirée, l’autre est venue prendre un café. La chocolate ne causait pas, souriait continuellement, laissait parler son amie et moi-même, me regardait, juste là, en souriant. Je suis repartie avec mon chien, qui fut donné à quelqu’un d’autre, il ne s’était pas entendu avec leur « troupeau » de chiens. Rapidement, chocolate est venue me parler en pv, pour me dire que j’étais la bienvenue chez elle, que sa compagne m’avait appréciée, donc que j’étais adoptée. Les choses étaient dites comme un honneur, et je ne fus pas insensible à cela. Autour cette personne, cette chocolate, circulait un mystère, à la foi détesté et admiré. Elle avait la réputation de mener une double vie, et de s’être sauter la majorité des nanas qu’elle croisait, jeunes, vieilles, moches, jolies, toutes ! Entre mythe et réalité, allez savoir … surtout quand on la voit, discrète, mince, presque effacée, qui ne se fait remarquer en fait, que par l’instance qu’elle a à vous dévisager. Stratège … efficace.

Je vais essayer de respecter l’ordre chronologique des évènements. Mais cet été là fut rythmé par une prise énorme d’antidouleur, de souffrances physiques et psychologiques sans précédent, de rencontres et d’évènements marquants. Il m’est difficile de bien remettre les choses dans l’ordre.

Au tout début de ma crise, j’ai rencontré une nana. Une nana sympa, qui avait tout pour plaire, plus jeune que moi, mais qui avait tout comme moi, beaucoup de choses noircies dans sa vie. Je regardais ce nouveau monde s’ouvrir à moi. Je n’avais comme référence du milieu que ce site, que ce t’chat, où tout le monde couchait avec tout le monde et semblait s’épanouir ainsi. Les douleurs amoureuses ne semblaient durer que 15 jours, avec cependant une certaine violence, tentative de suicide, pleures et lamentations publiques, et puis hop ! Comme par miracle, on passe au numéro suivant, avec la même passion, et puis hop à  nouveau ! On recouche avec son ex, mais là, c’est juste par amitié ! Je ne comprenais rien, mais les choses m’amusaient, parce que tout semblait facile. Les « je t’aime » ne semblaient pas avoir plus de valeur qu’une fête de noël où il faut attendre la suivante pour remanger de la dinde. Les corps se consommaient avec autant de rapidité et d’aisance que l’ouverture d’une boite aux lettres, sans savoir si le courrier sera agréable à lire, ou factures à payer … Tout glisse, tout dérape, au pays des cunnilingus amicaux ou amoureux. Tout ce que je pensais savoir de l’amour, de l’acte d’amour se mettait en branle sous mes yeux, à presque 30 ans, avec une vie amoureuse pourtant bien remplie, pleine de rencontres sympas et de bons souvenirs en majorité. Tout ce que je voyais, tout ce que j’entendais était différent, tout était différent de ma vie … passée. Différent aussi de ce que j’étais, tout simplement.

Tout d’abord il y eu cette fille, avec qui j’ai entretenu une relation brève et non assumée de ma part. Nous n’avions rien en commun, à commencer par nos expériences, notre différence d’âge, notre milieu, notre façon de voir les choses, de vivre une relation amoureuse, même de la démarrer. Quand j’ai dit à chocolate que j’avais rencontré cette personne, elle me sourit et me lança un truc du genre « pas mal hein la p’tite ? ». J’avais du mal à jouer le jeu, je souriais, je me taisais, cachant ainsi mon inexpérience de ces choses là, de ces rencontres là, et surtout, de ses rencontres à elle. Je n’avais pas conscience que j’entrais dans la danse. J’aurai voulu une personne qui me confirme mes doutes, qui puissent aller dans le sens de mes questions : cette nana là, plus jeune, moi en perdition totale de repères, toutes ces coucheries, toutes ces tendresses, toutes ces filles qui passaient là, sur cet espace virtuel, tantôt hystériques, tantôt silencieuses à rester là, à attendre quoi, qui.

Sa remarque sur la petite, j’allais bientôt la comprendre. Plus jeune que moi, en effet, mais pourtant avertie et marquée je pense par ce drôle d’univers. Elles se connaissaient en effet, elles étaient sorties ensemble. Elle, la chocolate, pacsée, en couple depuis 15 ans, une chocolate qui aurait pu être sa mère. Mon amie me dit que les choses se sont faites sans aucun désir de sa part, elle s’est juste laissée faire. Elle l’a dégoûtait même. Je ne comprenais pas comment on puisse se laisser faire, mais je m’efforçais de ne rien juger.

Chose surprenante, nous sommes allée la voir ensemble. Il y avait alors chez elle une personne. Chocolate semblait tenir un rôle éducatif vis-à-vis de cette jeune personne. Elle l’aidait à faire ses devoirs, prenait chez elle cette personne durant ses vacances scolaires, comme un parent qui se serait séparé de l’autre parent. Donc un jour, nous voilà invitées, mon amie et moi, à dîner. Toutes les 5 autour d’une table. Chocolate, sa conjointe, 15 ans de vie commune, cet enfant adoptif, moi et ma copine. Sa conjointe est allée se coucher comme tous les soirs, en premier. Nous sommes restée donc toutes les 4. Ma copine a changé soudain de ton, comme plus sûre d’elle. En effet, je fus la seule pour ainsi dire à parler avec la conjointe : chocolate souriait, comme toujours,  écoutait attentivement, tchatait tout en dînant, répondait presque de façon transparente à des textos. Les deux jeunes ne parlaient pas, moins encore avec la conjointe. Normal … malaise … le secret … le mensonge … Quand la conjointe eut rejoint ses pénates, une drôle d’atmosphère s’est installée, pleine de tension, d’appel de complicité de la part de la chocolate, complicité tactile. Elle se met à toucher cette jeune personne. Cette ado sourit, mais ne semble pas très à l’aise. Une tendresse étrange, entre maternelle et celle d’une amante qui voudrait se contenir. Mon amie, elle regarde la scène, et semble vivre une autre tension. Elle comprend exactement ce qu’il se passe, moi pas. Je dois aller aux toilettes, je dois quitter la table, mais je sais que la scène de théâtre va changer d’acte en mon absence.

Je reviens des toilettes, en effet, la tension s’est alourdit. Je baisse la tête en m’avançant vers la table, comme si je voulais me détourner de la scène de théâtre, et partir sans faire de bruit, en laissant là les actrices. La chocolate est debout, à un mètre des deux jeunes. Ma copine en profite pour tirer à elle sur la table l’ordinateur portable de la chocolate, et très rapidement trouve plusieurs dossiers confidentiels. Ces dossiers portent des prénoms, et parfois des mots, des thèmes. Je ne me souviens plus bien, juste que chocolate est devenue rouge, juste que ma copine était acide, et se retournait pour la regarder en disant « et si on va là ? », en désignant les dossiers. Chocolate ne bougeait pas, souriait, mais son sourire était figé. Ma copine voulait je pense me montrer qui est ce personnage, me prévenir peut-être, se venger aussi peut-être, juste là, durant quelques minutes. Je me souviens juste avoir vu une photo dont je vous passerai les détails de la pose. Je fus scotchée, le nom de la photo portait le même prénom que cette jeune personne en face de moi. Ma copine demanda une confirmation, la personne acquiesça simplement. Je ne souriais plus. Je n’y arrivais plus trop. Et puis, quand ma copine voulu ouvrir un autre dossier, là, chocolate l‘interdit, en ayant un geste vers son ordi, enjambant de ses bras l’épaule de ma copine pour reprendre son ordi. La visite fut close, je décidais de partir. Dans la voiture, ma copine me raconta que dés que je partis aux toilettes, chocolate alla gentiment et tendrement la peloter, comme une pulsion qu’elle ne pouvait contrôler. Quand elle m’a entendu sortir des toilettes, chocolate s’est écartée d’elle d’un mètre, restant là debout, presque en flagrant délit.

Le lendemain, sur le t’chat, cette jeune personne et ma copine étaient présentes. Quand je suis arrivée, elles parlaient de la vieille chose. Je crois que j’ai lu, que je ne disais rien. Tout était sous entendu, je ne comprenais pas tout, mais j’avais peur de comprendre. Cette jeune personne, celle-là même qui m’avait en fait mise en relation avec chocolate pour l’adoption du chien, me prit en pv et me dit sans plus d’explication : « la vielle chose, c’est celle qui a pelotée ta copine quand tu es allée aux toilettes ». Tout était vrai.

Ma première histoire d’amour avec une nana, remontait à quelques années déjà, j’avais 25 ans. Elle était aussi mineure, et je me sentais mal devant la situation qui se jouait sous mes yeux.

Bien entendu, il m’a fallut du temps pour comprendre que les choses n’étaient pas comparables. Tout d’abord, jamais mon amie plus jeune n’avait parlé de moi en ces termes, et notre relation a continué, ou repris son court à sa majorité. Nous avons vécu ensembles. Je suis d’ailleurs en bons termes aujourd’hui avec elle. Nous nous sommes séparées définitivement il n’y a que 3 ans. Ensuite, parce qu’il n’y avait pas de différence énorme d’un point de vue physique, nous faisions presque le même âge.
Je n’ai pas précisé, chocolate avait la quarantaine juste passée, 41 ou 42 ans, et les sonnait bien largement. Et puis surtout, un mineur peut très largement faire par la suite, et même au moment des faits, la différence entre une manipulation, une perversion peut-être, avec une histoire d’amour. C’est d’ailleurs pour cela qu’existe une loi pour les mineurs à partir de 15 ans. J’ai longtemps été bouffée par la culpabilité de sortir avec quelqu’un de plus jeune, longtemps, très longtemps. Chocolate elle, jamais. Elle m’a rapidement briefé sur ce qu’elle pensait être une mise à l’abri de toute culpabilité ou inquiétude vis-à-vis de la loi :

« Ce sont des mineures de 15 ans ou plus, je ne crains rien ». Faux. Cette loi existe juste pour que la justice puisse trancher en cas de litige si des parents déposent plainte et que le mineur affirme un consentement, après l’avis d’un expert psychiatre entre autre. Si cela n’est pas « prouvé », ou si un mineur porte plainte, jusqu’à 10 ans après les faits, le majeur tombe sous les mêmes lois : « séduction de mineur » ou « viol ».

Ma vie à moi durant mon séjour chez elle, continuait à me séparer de tout ce que j’avais été. Je n’ai dit mot à personne de cette aventure, j’ai continué à entretenir de bonnes relations avec chocolate, comme tout le monde, comme toutes celles qui savaient, comme toutes celles du milieu, et je dirai plus justement aujourd’hui, comme tout CE vivier.

Prise dans des vents contraires, je n’avais sans doute qu’un souci majeur, les douleurs qui devenaient de plus en plus importantes, d’heures en heures, les lumières électriques que je ne supportais plus, le sommeil qui n’arrivait plus, les dettes qui s’amassaient, mes animaux que je subissais … Et puis un jour, je n’ai plus supporté la relation que j’avais avec cette jeune femme, je ne la supportais plus, pas plus que ce mal qui me bouffait. J’ai rapidement fait une crise d’arthrose sur la partie supérieure de mon corps. Les choses étaient telles que j’avais mal en respirant, mes os me faisaient mal à chaque mouvement de ma cage thoracique. Marchez avec mes béquilles devenaient une mission impossible. Le kiné m’indiquait les positions à tenir pour quand j’avais trop mal, pour que je puisse me reposer un peu. La maison où je vivais était plus que humide, c’était irrespirable. J’achevais mon dernier contrat, en sachant que je n’avais pas l’énergie pour en démarcher un autre. Tout s’est passé en quelques jours, quelques semaines.

Mon dossier aux Assedic signifiait qu’il me manquait 20 heures pour toucher des droits au chômage. Je demandais à chocolate de me faire un contrat de 20 heures qui elle, lui permettait une déduction fiscale. Je ne connaissais personne d’autre à qui m’adresser. La boucle allait se refermer, j’étais dans une position de demande, dans un état de dépendance, j’étais « fichue ». Elle me fit un contrat, et me proposa d’aller en effet, travailler chez elle. Ce que je fis. Je quittais donc mon domicile, sans le rendre définitivement, laissant tout en plan, cette nana avec qui je n’ai jamais entamé une réelle histoire. Je n’ai pas donné beaucoup d’explication, à part que j’allais mal, très mal, et qu’il me fallait partir. Je la quittais en quelque sorte, sans le dire ouvertement. Chocolate fut ma complice, et s’arrangea pour tenir à distance cette jeune femme, qui elle je crois bien, m’aimait sincèrement. Sans me rendre compte, JE me coupais du monde, ELLE me coupait du monde. Les médicaments évaporaient la douleur, la cortisone faisait que je voyais les kilos défiler. Je ne contrôlais plus rien.

Je savais que chocolate entretenait au moins deux relations extraconjugales. Quand la jeune venait, elle me congédiait de chez elle, je rentrais dans ma grotte humide et retrouvais cette jeune femme qui ne comprenait rien, qui visait les moments où j’apparaissais pour tenter une approche, que je rejetais systématiquement. Chez chocolate, j’ai pu rouvrir des droits aux Assedic, j’ai donc versé ma participation à l’hébergement. J’ai repeint une façade de leur somptueuse demeure, arraché le lierre, et servais de dame de compagnie à sa concubine quand chocolate partait retrouver une de ses maîtresses. Mes 20 heures furent plus que largement faites. Ma participation à l’hébergement, plus que largement payé.

Durant mon séjour, je me laissais convaincre de suivre une cure de raisins. Cette cure pour moi est un des boulons type de la « machine ». Une machine qui, à mes yeux aujourd’hui, n’avait pour but que d’affaiblir un peu plus l’individu, de l’unir à un pacte porté par un maître à penser, un gourou et un mode de vie. Durant tout mon séjour, mon hôte, chocolate, n’a eu de cesse de me toucher à la moindre occasion, pour me dire bonjour, bonne nuit, allant jusqu’à extirper ce que j’avais de plus secret en moi, à la recherche d’une larme, provoquant des gestes de consolation qui n’avaient pour autre but que de « coucher » avec moi. Je n’appelle pas cela « coucher », mais à ce stade de déstructurations, de destruction psychologique et physique, j’appelle cela une prise de possession d’un corps par la force. Elle n’y est jamais parvenue. Je n’ai jamais versé une larme … devant elle. Elle me dégoûtait, je la repoussais toujours, elle me répugnait.

J’ai donc entendu parler de cette cure de raisins. Je n’ai jamais dit quel était ce mal. Je ne lui ai jamais permis de rentrer dans cette partie de ma vie. Et je peux dire aujourd’hui, heureusement … j’ignore jusqu’où aurait pu aller les choses. Mais en contre partie, j’ai laissé la porte ouverte  à toute sorte de culpabilisation. Tout ce que arrivait dans mon corps, était le résultat de tout ce qui n’allait pas dans ma vie : longtemps, trop peut-être, restée hétérosexuelle, sans boulot, complexée par des kilos récemment et rapidement attrapés… Chocolate m’a alors orientée vers sa concubine, adepte de ces cures. Le principe est de se priver d’alimentation, à part du raisin bio. J’ai donc écouté tous les bienfaits de cette cure, qui d’après la concubine, l’avait guérie d’une hépatite. On me raconta l’histoire de cette athlète, qui atteinte d’un cancer, se trouvait en phase terminale quand elle a décidé d’entamer cette cure. Cette cure l’aurait sauvée aussi. L’ambiguïté réside dans le fait que mon mal devait être psycho, c'est-à-dire « de ma faute », mais autre chose était soupçonnée, ou su, étant donné les ordonnances médicales, et les différents examens médicaux. Cette cure devait me permettre de « guérir ». Je fis cette cure sous médicaments … je me réduisais à l’état de légume. Elles avaient un champ, derrière la maison, je m’y entraînais à marcher, avec mes béquilles, mes vertiges se multipliaient, j’étais un légume qui se sentait tout simplement ... mourir.

Un jour, de la famille, ou bien des amis de la conjointe sont venues. Je ne me souviens plus. On m’a alors demandé de quitter la chambre d’ami pour une tente plantée au fond du jardin. Durant les périodes de visite, je restais là bas, planquée. J’avais peur d’affronter un visage « du monde extérieur », j’avais peur de tout, même de rester là. Je les entendais parler, je les voyais de loin, je ne me souviens ni de qui c’était, ni d’un visage, je ne suis même pas certaine de les avoir vus. Je me sentais comme une bonne à qui on avait privé ses papiers d’identité, et qui serait libérée entre autre après avoir « couché ».

Vers la fin de l’été, je rencontrais sur ce tchat une autre nana, dont je suis vraiment tombée amoureuse. Une histoire qui s’est mal terminée, en plus de finir classiquement, comme toutes les fins d’histoire. Je ne vois pas comment les choses auraient pu être autrement d’ailleurs, au sortir de cet été là.

 

Voici quelques pages que j’ai écrites durant mon passage chez Chocolate.
Je les ai écrites et relues il y a quelques mois, retrouvant exactement la personne que j’étais : lucide d’esprit, mais dans un corps incapable de la moindre initiative.

« De l'extérieur, cela ressemble à une grande et belle maison de "ceux là"… ceux qui ont du fric, et qui  savent l'utiliser avec bon goût. Une belle maison en pierre, longère bretonne avec un terrain immense, plusieurs hectares. Puis on rentre par ce portail électrique de haute technologie, qui réserve comme tous ceux de leur espèce des failles très handicapantes… Passé les deux battants, on s'aperçoit que le jardin n'est pas le souci premier.

Détails qui donnent les premières notes de la symphonie : 2 peintures extérieures sur panneaux de bois, accrochés au dessus d'une porte de garage et d'un mur. Un cheval et une vache. En effet, dés que vous aurez passé le portail, une vache, deux chevaux, peut être un âne ou deux et quelques kilos de chèvres vous accueilleront, pour de vrai. Pas assez pour vous croire dans une ferme, mais suffisamment bien choisis en nombre et en espèces rares pour vous expliquer que vous êtes chez les "ceux" du baby boom "cools" : les derniers qui séparent les préretraités des "vieux jeunes".
Les motifs sont à la hauteur de leur réalisation : un trait plus "amateur" que personnel, mais qui s'attribue un "courant d'art" naïf grâce à ces larges formes permises avec un modèle. Couleurs chaudes et vives. Une sorte de "bienvenue dans la nature et la simplicité", aux pays de la joie et de "Belle des champs", avec ce rien d'humilité rupestre tape à l'œil qui semble excuser la grandeur des lieux en pierre, et ces 4 hectares accompagnés d'un jardin pour ainsi dire, à peine tondu. Etant donné le cour de la pierre et les travaux non achevés, on imagine mal Belle des champs jeune rentière ou vraie riche, mais d'avantage un couple avec revenus confortables pour crédits jusqu'à l'après retraite.

Bien vite une horde de chiens vient vous accueillir hurlant pelles mêles. Descendre de la voiture devient un concours devant cette cacophonie plus bruyante que dangereuse.  Là, une des maîtresses des lieux vient vous accueillir. Oui, vous êtes à Goudou Land, chez deux "pacsées" naviguant entre la quarantaine d'années et la cinquantaine. L'hôtesse d’accueil dépendra de vous. Les connaissances de l'une sont en fait les "visiteurs", pour ne pas dire exclusivement des visiteuses. Cette catégorie de connaissances vient visiter le domaine. La seconde hôtesse de ses lieux fait partie du domaine visitable. Elle, elle ne reçoit presque sans doute jamais de "visiteurs". Hommes ou femmes, ces autres gens qui viennent en ces lieux ont souvent une raison "technique" pour être de passage : apport de légumes du gentil 'tit vieux de pas loin, un voisin, un homme de chantier pour les travaux en cours, la femme de ménage, quelques amis qui seront embauchés avec ce sourire réciproque pour une quelconque tâche … Donc, vous avez mis un pied sur le sol, et ce ne sera qu'à grande peine que vous parviendrez jusqu'à l'intérieur de l'habitacle car aucune des deux "mariées" n'a d'autorité sur ces chiens. Pourtant il faudra bien les enfermer le temps de vous installer. Petite subtilité à noter, si les chiens ne sont pas rentrés à l'avance, malgré le fait que vous téléphoniez à l'entrée du portail, c'est sans aucun doute pour présenter deux caractéristiques bien solides des habitantes : "gouines, oui, mais pas pédés" ! Les chiens sont de gros gabarits dissuasifs, sauf le petit roquet qui pue de la gueule. Trace immanquable d'une anecdote poignante de charité.

Il vous fera un peu "mal au cœur" étant donné la 'tite nuance des remarques condescendantes de ses maîtresses, excusant ainsi le non esthétisme du chien, dont on apprécie quand même sa laideur relative : il met en effet un brin d'humilité dans ce décors si "savamment négligé".

Me voici maintenant assise au banc de la table en bois. Le décors suit la logique de l'extérieur, entre opulence et simplicité. Tous les chiens vivent dans le salon. Quand je dis salon, il s'agit là des fauteuils qui définissent traditionnellement le salon. La pièce est immense, il s'agit d'une seule pièce de vie. Vous pourriez croire que vous entrez chez les chiens, mais il en est tout autre : chaque "chose" possède une place, une raison d'être, là. Le décor est chargé, entre la cuisine à l'américaine souvent encombrée, la table du salon tout aussi souvent encombrée, et les amas de poils vivants vautrés comme des biens heureux sur les divans. Il vous faudra un certain temps avant de vous régaler des détails de l'aménagement.

Un immense aquarium projette dans cette pièce sombre aux ouvertures trop étroites des couleurs lumineuses. Quelques pentagrammes "faits maison" au plafond … une sculpture en bois par ci… par là, une table de salon fait main en bois, achetée au salon "nature et découverte" et qui pleure bruyamment pour se faire remarquer, tant par sa forme que par… son prix soupçonné… perdue au milieu de la masse velue. Dés lors, vous voici plonger dans l'ère du New âge… et les "fen shui" pourraient presque vous faire douter… A la recherche du détail qui permettrait de soupçonner la présence d'une pensée "évaporée" ou sectaire… mais les livres exhibés et les cd alignés par centaines à la vue de tous, ainsi que quelques revues qui traînent sur la table certifieront la tranche d'âge, la sexualité et les opinions politiquement "engagées" mais modérées des habitantes… au pays de la gauche caviar, côté lesbien.

Par la fenêtre, le jardin, mignon et simple avec ses "touffes" d'arbres, ces quelques plantes en pots, un rien négligé par les jouets des chiens qui se mélangent avec quelques détritus. Plus loin, la continuité du domaine : des dépendances en pierre… derrière les dépendances, à l'abri des regards, bien clôturée et entretenue, la piscine. Objet de luxe au milieu d'une région où il ne fait beau que 30 jours par an. Elle est préservée du regard "des autres" par ces dépendances. En effet, la piscine est bien gardée visuellement. Seules les invitées de marque y ont accès : les visiteuses de l'hiver à qui on aura fait la visite des lieux seront les visiteuses de l'été. La première hôtesse ne s'y est peut être baignée qu'une fois, frileuse et n'aimant pas l'eau. Pourtant la piscine reste son arme de choc, argument sans égal pour faire venir les visiteuses qui se baigneront toutes nues pour certaines, sous son oeil bienveillant, rassurée alors de son succès, confusion entre amitié et intérêt de bons temps. Mais pour certaines, il y a un prix "proposé à payer", mais ça, c'est une autre histoire. La seconde y fait un plongeon dés qu'elle le peut, l'été, après s'être occupée de tous les animaux : chevaux, ânes, chèvres, poules, chiens… Elle est seule à s'en occuper, s'en soucier, seules sans doute à les aimer… l'une finance tout cela, l'autre profite de tout cela, entretient tout cela, aime "tout cela", non pas par intérêt de vitrine, mais par confort et jouissance de vie. L'une en est "propriétaire", l'autre est chez elle.

C'est l'heure de manger. Il y a bien une heure pour manger. Si vous manquez ce grand moment, si vous arrivez après la guerre, genre casse croûte sur un coin de table, c'est un manque incroyable de respect. Non pas dans les réelles traditions de la table, mais il est un devoir d'aider à la mettre, et surtout, on ne fait pas faux bon au plat cuisiné de l'exclusive "cuisinateuse" pour visiteuses. D'ailleurs qui d'autre que les invitées pourraient mettre la table : l'une arrivera un peu en retard à cause de tous ces animaux à nourrir et à soigner et l'autre ne fait "absolument presque" rien dans la maison. Assise de jours et presque comme de nuits devant l'écran d'un ordinateur portable, la propriétaire des lieux ne se lève que pour aller aux toilettes, faire visiter le domaine, aller se doucher les jours de boulot, aller se coucher avant que le jour ne se lève, "toucher" au premier prétexte la visiteuse dés que sa "moitié" se trouve suffisamment loin de la pièce, faire la cuisine quand l'une de ses visiteuses se trouve là…

Chaque place est prise, chacune possède une chaise avec un coussin. L'ordinateur portable est à peine poussé sur le côté, à droite de l'assiette, toujours connecté sur internet, et nos deux hôtesses prennent place devant la télé. Les programmes sont connus par cœur. Si chez certains on sait ce que l'on mangera selon les jours de la semaine, ici, on sait ce que l'on regardera en mangeant, heures après heures. La télé est grande et confortable et bien en face des sièges. Chacune a ses programmes et il n'y a aucun dilemme sur les chaînes, comme une réunion où chacun aurait un temps de parole, ici, chacune a son temps de programme.
S'il y a plusieurs visiteuses, celle qui sera à droite de l'insomniaque, sera celle qui aura avec elle le plus de "complicité tactile"… Les autres se posteront en face et seront privées de télé. Chaque place est gradée. Je me suis toujours assise en face.

L'ordinateur restera imperturbablement allumé et connecté, sur ce même tchat de lesbiennes et sous l'œil bienveillant de la modératrice, qui lit tout ce qu'il s'y écrit d'un coup d'œil discret et rapide, alors et pourtant installée en "vie de famille". En face de son assiette, le téléphone portable, vibrant régulièrement des textos de ces autres "visiteuses". Discrètement elle les lira sans les laisser patienter, y répondra avec cette même "invisibilité". Sa compagne ne fera aucune allusion, ne manifestera aucune contestation, et le poids de ces "évidences extraconjugales" à peine dissimulées semblent avoir pris place avec les années… aussi évidentes qu'ignorées… lentement… comme une vieille maison rongée par l'humidité qu'il faudrait raser tant elle est devenue pourrie. Le repas se déroulera sans un mot. On ne verra pas de films violents, ni tristes, ni glauques, "l'autre" ne supporte pas ces émotions "violentes" : tout est aménagé et ménagé.

On verra du drôle et parfois du lourd. Quelques commentaires cyniques sur le scénario ou sur les acteurs. On apprécie autant qu'on critique le programme. Tous ont épousé la même logique : les moqueries des émissions excuseront leur présence.  Le compliment sur le repas sera remercié par un sourire de la cuisinière tandis que l'autre réoriente le compliment déjà reçu par la "fabriqueuse" du repas. Au début, on se pose des questions, mais tout semble tellement à sa place, que l'idée même que quelque chose cloche vous revient en pleine poire, doutant alors de votre propre "perception". Après deux émissions, on entre dans "le tard" de la soirée. Alors, l'autre un peu plus âgée, plus fatiguée par les activités de la vie de maison ira se coucher. On sentira à peine une tristesse et une demande envers sa compagne… qui n'ira pas la rejoindre mais qui promettra de ne pas se coucher trop tard… qui mentira comme tous les soirs... L'autre a bien "tenu" ce qu'elle pouvait jusqu'à tard dans la soirée, voire début de nuit parfois, mais elle abdique et s'en va se "garer" dans le grand lit. Le rituel du baiser : une série de gros poutous appuyés aussi dépourvus de sensualité que souriant.

Je ne sais pas ce que je fais là au juste. Mais je me fonds dans le décor de cet univers flou, où le "para" semble régner en maître. Il s'impose à moi comme le médium d'une vie à deux, à l'abri des souffrances de l'amour. Je ne veux pas de "grandes histoires", je veux du calme et un mensonge qui me dise que c'est possible. Je veux de la "dépassion", je veux du simple, je veux du repos, je veux qu'on me montre, je veux qu'on me démontre. Et pourtant …

Je pars dans la chambre d'amies, esquivant à moitié les "bisous" de l'internoteuze, embrassades insistantes et mouillées qui me laissent totalement indifférente. Je vais rejoindre l'autre pièce, à côté de la chambre nuptiale, presque une chambre d'enfant en fait … je me sens soudain infantilisée par ma fragilité, partagée entre résignation, demi indifférence… et ce trouble que je ressens, ce rendez vous presque illicite avec cette autre personne. Je ne peux rien dire à ma logeuse, elle se moquerait de moi, éviterait sans doute par je ne sais quel tour de "glissade" une rencontre entre cette inconnue et moi. Elle me prévient, me met en garde, me dissuade… Je me sens en échec, en disharmonie soudain avec ce lieu de non trouble, ce lieu de silence, je me sens mauvaise élève, et ce curieux sentiment… de culpabilité… Je me sens coupable de cette attirance aveugle, presque déjà sensuelle, et qui n'a pas de corps pourtant. Je dois arriver à ne considérer les corps que comme un outil de plaisir, sans trahison, sans plus d'engagement que de la douceur, sans plus d'émotions qu'une attirance, je suis là pour cela.

Mais le mensonge de ces longues discutions ne me disaient pas encore que je n'y parviendrai pas. Tout juste à pourrir le début d'une histoire qui aurait pu être belle et qui n'a été que forte. Une force que j'ai pourtant réprimée dans cette bataille névrotique. Des règles qui ne m'appartenaient pas et que j'ai imposées à cette histoire dés son début. Je ne savais pas que parfois, homosexualité pouvait parfois concilier tourments et "loyauté". Je ne savais pas que c'est parfois dans un amour de personnes de même sexe, dans cette équation si complexe de sensibilités souvent si similaires que l'on peut trouver sensualité, bien être et amitié. Que l'amour peut parfois ressembler à quelque chose qui se construit avec le temps, comme avant…  Je l'ai aimée et l'aimerai encore tellement longtemps d'ailleurs pour ces choses qui m'ont touchées, sans avoir même vu une photo d'elle…  juste pour ce qu'elle est. En 2003, je ne savais pas que je passerai à côté d'une histoire, me débattant, frôlant ces instants, paumée je pense. J'ai flashé cet été là sur K…  Je me suis même sentie "victorieuse" de cet appel physique. Quand j'y pense, j'étais en fait une bien mauvaise élève : je n'ai pas couché avec elle. Je crois qu'à part le physique rien ne m'attirait en fait. Après l'avoir revue, je me demande même si elle m'a vraiment plue, ou s'il me fallait ce genre d'étape initiatique. Je n'ai rien eu à offrir à mon inconnue sans visage à l'époque, sauf de la peur, la peur qu'elle ne soie pas patiente, parce que personne ne l'est en amour, et encore moins de manière général chez les homos.
De cela, j'en suis sure. On ne peut pas perdre de temps, la liste des demandeurs d'amour et des plans cul est tellement longue… Elle a beaucoup d'amour à donner, tellement, tellement à recevoir aussi, elle n'était pas une histoire pour moi, mon hôte m'avait pourtant prévenue. "La patience est une théorie, l'amour est une pratique, un plaisir, il ne se vit qu'au présent". J'ai écrit cela en fond d'écran sur le site que j'ai fait au mois de décembre, quand je me suis retrouvée seule à Noël, pleins de phrases de mon hôte, je me pensais "blindée", mais j'étais si "brisée". Hier, celle là même dont je me souviens si bien du visage maintenant, ce visage que je peux dessiner les yeux fermés… mais je ne peux pas en parler, ses mots me font encore trop mal je pense et je ne serai pas objective.

Eté 2003… Après avoir perdu maison et travail, il me semble fatal et nécessaire de laisser là mon intégrité et ma capacité à vivre l'amour. En perte sociale, en perte physique aussi, j'essaie au milieu de ce décors opulent de laisser ici ce qui me restait de richesse : ma capacité à aimer. Le maître mot de ce que je suis venue chercher : dérision.
Depuis que je me découvre homo, je suis en perdition, et je suis là pour apprendre à vivre "autrement", à apprivoiser cette force noire, morte, la dérision. Mais je n'ai rien déposé dans ces lieux, j'ai juste "éclaboussé" sur les murs une énergie inconnue et qui me fait tellement peur. La course sociale n'a pas le temps pour ce genre de tracas, et ne prévoit pas de filet pour ceux qui tombent, parce que un jour, un bouleversement prend trop de temps, d'énergie. Les amours n'attendent pas plus dans cette course folle où tout devient urgence, perdition, rupture. Si j'aime maintenant, la patience ne sera pas au rendez-vous…

Je ne sais pas si j'ai peur d'aimer ou si j'ai peur d'avoir perdu confiance en moi. Je perds mes repères, je me sens paumée. Ici les piliers sont solides, et les murs me semblent sans souffrance. Quelque chose sonne faux et je ne sais pas si cela vient de moi ou de ce que me raconte mon hôte. Elle semble si paisible et moi si tourmentée. D'un coup, quand je l'entends me raconter "aimer", ce respect des corps, je me demande si j'ai déjà aimé. Et ce sentiment naissant pour cette autre personne, cet attachement… Ces rendez-vous sur internet où j'espère qu’eIle sera là… C'est une personne, pas un corps. Je n'arrive pas à mettre ce corps en avant, dans cette rencontre virtuelle. Je me sens touchée par cette personne et je ne veux pas même voir sa photographie. Mon hôte semble me dire pourtant que j'ai rencontré là un ouragan de difficultés. Je ne sais pas ce qui les unit, si elles se connaissent, si elle a couché avec elle, je n'arrive pas à lui poser la question. Mais qu'importe, ce genre de question n'a pas à être, personne ne semble se les poser ici. Cela me rappelle une nouvelle que j'ai lue dans "Pays d'Octobre". Un collège ou lycée où tout le monde fornique avec tout le monde. La relation taboue, ce sont les discutions, les complicités, se tenir la main, des choses simples. Quand j'arrive sur le chat, il me semble parfois toucher de loin ce monde. Si je suis homo, et je pense l'être oui, alors je dois bien être ainsi aussi. Je voudrai que cela se révèle à moi vite. J'ai peur de ce monde, j'ai peur de ces femmes pour qui tout semble facile, sexe, drague et plaisir. Y'a des places disponibles, mais pas de temps. Tout cela sonne en moi comme un formidable déclin interactif. »

 

A la fin de l’été, cette « inconnue du net » et moi avons décidé de nous rencontrer. Je dis « nous », mais peut-être ai-je été seule à vouloir cette rencontre. Nous avons eu en effet une histoire ensemble. De mon côté, cette histoire fut remplie de choses totalement contradictoires, de sentiments contradictoires et d’évènements contradictoires.

J’ai raconté dans un texte une série d’anecdotes que j’ai pu vivre chez Chocolate. Je ne me permettrai pas de laisser là les autres, parce qu’il s’agit de choses dites dans les détails, et ce texte n’a pas pour but une énumération de TOUT ce qu’il s’est passé. D’autre part, beaucoup de choses impliquent d’autres personnes, qui pour l’instant du moins, ne souhaitent plus en parler.

 

Une anecdote :

« Et puis il y a cette fameuse soirée. Ma dite « copine » couchait ailleurs que chez elle. Ce que vivait ma copine, bien que dans les mots nous n’étions pas sur un type de relation « libre », je m’en doutais. Aussi vrai que la miellosité de ma libérée, transpirait une demande de relation « libre » chez la nana dont j’étais amoureuse. Ce soir là, la libérée me dit simplement : « tiens, « bidule » me dit qu’elle a ta copine en guise de bouillotte depuis deux nuits dans son lit, elle demande si on peut faire échange ». Elle souriait, détendue, en me regardant droit dans les yeux, à l’affût d’un flanchement de ma part, d’un signe de jalousie ou de peine, à l’affût d’une larme qui sait, idéale perle à consoler. J’ai réagi avec un sourire figé, et j’ai senti ce que l’on appelle à «cul-cul-land», mon cœur se briser, et mes tripes pleurer silencieusement. Je suis restée immobile le plus longtemps possible, en me concentrant sur mon sourire figé, puis j’ai baissé les yeux, sentant mon hôte me dévisager. Cela a duré une éternité. J’ai senti le monde tourner autour de moi, une sorte de vertige, trop de douleur là, à l’intérieur. Alors je me suis levée, me concentrant sur mes pas, comme pour ne pas vaciller, jusque dans la chambre … d’amie.

J’avais voulu épouser ce que j’avais voulu entendre durant des mois : les relations libres. Elles s’ouvraient à moi, là, en l’espace d’une soirée, en double écho : ma copine, et cette amie dite « libre ». Alors cette amie est venue me rejoindre dans la chambre. J’attendais sa visite, il le fallait, à mon tour. Si j’avais sorti le moindre mot, je me serai effondrée en larmes. La libérée m’a enlacée, je n’ai pas bougé d’un millimètre, mais j’avais perdu mon sourire et je crois que les yeux me piquaient. Ses bras ne me lâchaient pas, je me sentais dans un étau, l’impression d’étouffer. Je me sentais tout simplement mal. Je l’ai écartée de moi, en disant simplement « ça va », un ça va » froid, un « ça va » qui disait « lâche moi », pas un « ça va » qui dit « ça va aller ». Je me suis assise, et là, je me suis effondrée. L’autre a rejoint sa chambre, au côté de sa « moitié », qui dort toujours avec des boules quiès. »

 

La suite :

J’étais donc là chez elle, à crever doucement, je ne vois pas d’autre mot. Ma voiture avait une panne électrique, et était dans le garage du village d’à coté depuis plusieurs semaines, presque entièrement démontée de l’intérieur, avec un garagiste qui ne trouvait pas la panne. De toute façon, je n’aurai pas pu conduire. Ma présence avait deux utilités et un sens. J’ai souvent eu le sentiment que mon hôte voulait faire de moi une disciple, un « second », qu’elle mettrait en avant dans certaines situations, comme elle faisait en fait, avec presque toutes les femmes qu’elle baisait inlassablement. Depuis plusieurs mois,  la société qui embauchait sa concubine ne lui donnait plus de mission. Elle tournait en rond dans la maison. Elles étaient donc d’avantage obligées de se parler, de se croiser. Cette compagne passait donc forcément plus de temps sur internet aussi. Elle pouvait un jour mettre le nez dans les « affaires » de chocolate.

Chocolate avait en fait établi son centre de chasse sur un site, dit « féministe et lesbien ». Sa prose est unique ! On peut l’identifier à des kilomètres. Elle peut être chiante à mourir, parce qu’elle ne parle de rien, à part peut-être de ses aventures, laissant derrière elle l’image d’un coup formidable … « mais comment fait-elle pour séduire et faire fondre toute ces nanas ? ». A travers d’autres textes, elle se présentait comme engagée, un maître de la pensée unique et correctement lesbienne. Ses autres textes, parlaient de rien de façon précise … de respect de l’autre, d’instant présent, de la promesse des rencontres, de ses pensées qui s’intériorisaient, elle invitait sans le faire ouvertement à ce que les gens la rencontre, pour enfin apprendre à vivre autrement. Elle arrosait le site tous les mois, durant des années, allant même jusqu’à fantasmer des dépucelages, mettant en scène des ados, elle, la vieille Chocolate.
Si Chocolate s’était appelée Henri, et avait mis en scène des jeunes adolescents ou adolescentes, ces dites lesbiennes et féministes auraient été les premières à dénoncer une perversion… Mais son art de se servir du milieu comme d’un bouclier inviolable est grand. Son entreprise personnel a pris racine au fur et à mesure du temps. Chocolate fut intouchable, du moins très longtemps, puisque défendue souvent par une partie du milieu lui–même. Chocolate n’a certainement pas entretenu les mêmes rapports avec toutes ces maîtresses, ce qui permit plus facilement encore une « division à l’intérieur de ce vivier » pour un meilleur règne.

Il fallait donc occuper la concubine. On me confia la tache de la former en infographie. Je nourrissais certains de mes propos, désirs, d’un optimiste pathétique … étant donné l’état lamentable dans lequel je me trouvais, et étant donné l’image négative véhiculée par les évènements, récupérés par Chocolate : j’étais une « looser ». Aux yeux du vivier (le site et toutes les personnes qui ont rencontrées Chocolate), j’étais une looser qui n’aurait pas grand crédit si un jour je me décidais « à parler ». Je parlais de me remettre à mon compte, refaire un court métrage, trouver une maison, partir tout simplement. Mes hôtes avaient pour projet de doubler la surface de leur maison, en rénovant l’autre aile de la bâtisse. Mais au fur et à mesure que je voyais les ouvriers défiler pour les devis, il s’avérait que ces deux personnes n’étaient pas si « riches » qu’elles aimaient le faire croire. De mon côté, j’attendais une indemnité de 20 000 euros. Doucement, un travail de culpabilité s’était installé : « je leur devais ». Quoi ? Je crois que personne n’aurait été en mesure de le dire. Petit à petit, tout le tchat, ou presque, savait que je vivais chez elle depuis le mois de juillet. Chocolate entretenait des relations privilégiées avec presque tout le monde sur ce tchat. Des personnages clefs à qui elle assurait une place notoire dans sa garde, racontant aux unes comment les autres étaient, leur névrose, leur complexe … Elle connaissait la vie de chacune, et savait quoi faire pour se débarrasser de n’importe laquelle qui aurait pu mettre en danger son empire.

Toute looser que j’étais aux yeux de « l’extérieur », intra muros, on jugeait mes projets d’entreprise pas si mauvais, et je me voyais ainsi proposer à sa concubine des projets communs. Elle devenait « mon associée » future, au cas où la looser mettrait à bien des projets rémunérateurs.
Juste pour mon égo , je tiens à dire que j’ai mené depuis un certain nombre de mes projets à ses termes, et que ce n’est pas fini …

Chocolate me demanda de ne pas former son amie au Web, mais uniquement au Print. Le secteur du web, elle se le réservait, elle avait trop peur que sa « moitié » mette son nez dans son « entreprise » à elle.

Chocolate ne travaille pas dans l’infographie, mais dans le milieu médical. Cependant, avec les années, elle a appris les rudiments de l’infographie, et a bénéficié de conseils au cours de ses rencontres. Elle sait tricoter du HTML, ce qui peut lui permettre un jour d’être aux manettes d’un site. Elle aime entretenir une réputation, qui laisse penser qu’elle apprend toute seule, ce qui en partie est vrai.

Pour la formation, je devais être payée … naturellement … non seulement je ne vis pas l’ombre d’un centime, mais je devais me payer les trajets (200 km d’abord, puis 500 km après) pour venir la former.

Je ne saurai pas vous dire comment, par quels moyens, par quelles pressions, on peut arriver à extirper de quelqu’un des actes dépourvus de sens, de toute raison, de toute explication. Durant tout ce séjour, à chacun de mes pas vers une destruction certaine de ce que j’étais, Chocolate m’annonçait une victoire, un pas de plus vers « une liberté ». Je me suis vue proposer mon indemnité à mes hôtes, si je la touchais à temps pour leur projet de travaux … À ce propos, je vous raconterai comment et pourquoi je pense sa copine fut partie prenante, pas forcément de façon consciente, dans cette entreprise. Non seulement elle avait tout sous les yeux pour voir toutes les horreurs qui se ont passées chez elle, parfois dans son propre lit, sous son propre toit, mais surtout, elle n’a jamais demandé d’autres explications à qui que ce soit sur les départs des nanas qui sont passées chez elle, les visites d’été non renouvelées. Les seules explications de Chocolate semblent lui convenir. Ainsi, quand j’ai décidé de cesser cette mascarade, sa formation, je n’eus tout simplement aucune question de sa part. Je n’ai d’ailleurs plus jamais été en contact avec elle.

Je la formais donc. Le soir, je rédigeais les cours, préparais les exercices. Et puis, je commençais à diminuer les médicaments. J’ai interrompu la cure de raisins, me remis à manger, j’avais récupéré ma voiture, remarchais doucement, et je rentrais chez moi le soir. Je filais doucement entre les pâtes de mon hôte, tout doucement… Alors, elle travailla ma culpabilité. Sa concubine déchargea sur mes épaules un problème qu’elle allait bientôt avoir : elle n’avait pas d’ordinateur conséquent pour mettre à profit ses nouvelles connaissances. Je lui promis le mien, ainsi que de leur rembourser leur installation internet (elles n’avaient jusque là qu’une installation bas débit). Ce ne furent que des promesses, dans la mesure où je n’avais plus d’argent : je continuais par ailleurs à payer les factures, mon loyer etc … Je leur laissais mon modem de connexion numéris, comme un bien en « attendant de » … de leur laisser un outil précieux, mon matériel, mon outil de travail, ma chance peut-être de pouvoir retrouver une autonomie et de retrouver des contrats, comme … avant …

Chocolate envoyait ses messages par des intermédiaires, d’autres sbires qui me disaient que je ne respectais pas mes engagements, que je devais laisser mon matériel. Ces « sbires » ne savaient sans doute pas plus que moi pourquoi je leur « devais » ça, à par le fait qu’elles l’aient entendu, et le principe de leur avoir « promis ». Il y eu une suite d’enchaînements qui m’a interrogé sur ce « dû » … comme ma rencontre, un jour, à la fin de l’été, avec une personne lourdement handicapée.

 

Le départ :

En effet, à la fin de l’été, je rentrais plus souvent chez moi, dans ma retraite humide. Alors est venue chez Chocolate, Prunelle. J’ignore quel était son mal, son handicap, mais Prunelle évoluait en fauteuil, avec une manette pour le diriger. Elle ne pouvait que bouger un doigts ou deux, avait un corset pour se tenir dans son fauteuil, ce qui lui permettait de tenir sa nuque à peu pré droite. Prunelle sortait d’une relation de plusieurs années avec une nana qui avait suivi l’évolution de son handicap, jusqu’à la perte totale de son autonomie.  Elle ne pouvait pas manger seule, se laver, se coucher. Prunelle était donc dans la chambre d’ami, avec un lit médical. Elle était venue de Paris il me semble pour venir vivre en Bretagne. Elle avait un camion aménagé, qui avec un chauffeur et le fauteuil fixé à l’arrière, lui permettait de circuler. Un handicap très lourd et une épreuve affectif et pycho très dure. Elle me disait qu’elle avait un deuil à faire, celle de la relation amoureuse avec cette nana, et de toute sa vie amoureuse. Elle disait que c’était là sans doute sa dernière copine … Prunelle avait pour projet de trouver une maison à louer, de la partager avec son frère, peut-être plusieurs personnes, parce qu’elle ne pouvait pas rester seule, ni la nuit, ni le jour. Rapidement, j’entendis la conjointe de chocolate me dire que son frère n’était pas quelqu’un de fiable, qu’elle ferait mieux de venir habiter chez elles, là bas, dans l’autre aile de la maison … en payant un loyer, et de la sorte, en finançant les travaux. Pourquoi pas, bonne idée me suis-je dis … mais curieux personnage que la compagne de chocolate qui passe d’une formation d’infographiste à celle d’aide de vie pour handicapée. J’ignore les détails de l’affaire, combien Prunelle payait de loyer déjà dans la chambre d’ami, si la conjointe a perçu un salaire, au black ou déclaré, mais je doute fort qu’il n’en fut rien …

L’ambiance était bonne apparemment, au début … Le projet semblait prendre cette voie … je ne suivais rien de prés. De mon côté, je partais tout doucement de ce lieu, mais pas encore de ce monde. Et puis j’ai senti que l’atmosphère s’était dégradée, d’un coup soudain. Chocolate n’adressait plus la parole à Prunelle. A table, elle l’ignorait tout simplement. Quand Prunelle entrait dans la pièce de vie,  chocolate prenait une mine grave, et regardait par-dessus son épaule. Une totale et froide ignorance. Sa compagne elle, ne changeait rien à son comportement, elle continuait à s’occuper de Prunelle, comme au début. Juste, juste un jour, la fameuse concubine me dit : « je ne sais pas pourquoi, chocolate n’est pas sure que ce soit une bonne idée qu’elle vive avec nous ». Rapidement, les choses se sont précisées : « je ne comprends pas Prunelle, elle veut partir dans l’Est, comme ça, je ne comprends pas… ».

Un jour que je montais chez elle, Prunelle n’était plus là. J’appris avec stupéfaction qu’elle était en FJT (foyer de jeunes travailleurs), dans une cité, proche de la grande ville la plus proche … La concubine avait toujours ce même air étonné, et ne comprenait toujours pas … c’était à pleurer de pathétisme quand j’y pense, cette volonté acharnée à ne pas voir le chien écrasé qu’elle enjambait en me regardant.

Un jour, je reçu un appel, c’était la concubine. Elle me demandait d’aller « promener » Prunelle, parce que Prunelle lui avait envoyé un mail lui disant qu’elle pétait les plombs, là enfermée. Je ne suis même pas certaine qu’une des deux pacsées aient rendu visite à leur « handicapée » … J’ai pris l’adresse, et suis partie la voir. J’ai en effet atterri au milieu d’une cité, j’ai monté les étages, frappé à la porte, et j’ai trouvé Prunelle. J’aimais bien cette nana, bien que je ne la connaissais que très peu. Elle ne semblait ne pas aller bien, en effet. On décida de sortir avec le camion, pour prendre l’air au milieu de la campagne. Comme toutes celles que ramenait chocolate chez elle, Prunelle entretenait une relation privilégiée dite « amicale » avec la concubine. Une façon de garder les gens sous silence … par la culpabilité … devant l’ignorance de la concubine des frasques et gloqueries sexuelles en tout genre de chocolate, sa dépendance financière apparente envers chocolate. Les « ramassées du net » entretenaient des relations avec la concubine d’autant plus « fortes », que la concubine souhaite sincèrement devenir thérapeute (vous ne rêvez pas …) … ou un truc de ce style si pas de formation reconnue … elle fait d’ailleurs du bénévolat dans un organisme de soutien psychologique. L’ascendant psycho-affectif sur ces personnes fragiles est d’autant plus important.

Il n’a pas fallu longtemps pour que Prunelle craque, à l’arrière du camion.
Chocolate a aussi « couché » avec elle. Je n’entrerai pas dans les détails, c’est déjà sans lui demander son accord que je raconte cette histoire. Prunelle a disparu, je ne l’ai jamais revue. Je dirai juste que la situation était devenue insupportable pour Prunelle, qui restait chez ses hôtes, là à attendre les visites de chocolate, et partageant une amitié avec la concubine. Chocolate s’est mise à l’ignorer, par peur sans doute d’une mise en danger de sa relation de 15 ans, et de toute son entreprise. C’est cette indifférence, cette tension, et la bonne vieille culpabilité qui ont chassées Prunelle de chez ses hôtes. Prunelle a finalement mis en place un plan d’urgence pour quitter le lieux au plus vite, le FJT, et est partie dans la région la plus éloignée qu’il soit de là où vivent encore ses anciennes « amies ».

 

Le site internet :

Comme je l’ai expliqué, Chocolate s’est servie d’un site, d’un forum et d’un tchat pour prendre ses contacts, établir son racolage. Je tiens à souligner que l’intention initiale des personnes qui ont mis en place ce site, n’avait rien à voir avec ce qu’il est par la suite devenu.

Ce qu’il se passait sur le site se déroulait toujours de la même façon. Chocolate rencontrait des nanas sur le tchat, et complétait l’équipe de maintenance du site. Toutes n’ont pas été informées de ce qu’il se passait. Elles écrivaient des textes, corrigeaient, mettaient en ligne et ne voyaient rien de bien grave quant au contenu de ses écrits.

Quand une des personnes se posaient « trop » de question, (ses « ex » principalement), ce sont les membres internes du site qui se chargeaient de calmer le jeu (aussi des « ex » pour beaucoup). Les nanas en questions finissaient par claquer la porte, en se faisant raccompagner à la sortie par cette petite partie du milieu qui hurlait au scandale, dénonçant simplement un lavage de linge sale personnel fait en public. J’ai vu pour ma part 5 nanas passées dans le circuit interne du site, sans me compter, en deux ans …

J’ai moi-même banni du tchat une personne qui la dérangeait. Chocolate me racontait qu’elle la harcelait, qu’elle était alcoolique, malade … « folle ». Je n’ai pourtant pas lu un seul de ces textos de harcèlement qu’elle racontait, ni même un de ces fameux mails … J’ai participé à l’équipe de pression qui a fait qu’une autre de ses nanas a été raccompagnée à la sortie du tchat, du forum et du site. Deux ans plus tard, je me faisais raccompagner de la même façon par une autre personne …

Chocolate, quand tous ces faits ont été exposés au grand jour, a rassuré le site en disant qu’elle ne risquait rien, puisque ces nanas étaient âgée de 15 ans et plus, et toute consentantes. Elle s’est excusée du dérangement et a disparu du site enlevant pour un temps ses textes, ou « articles » dirons-nous. Depuis elle les a remis en ligne sur ce même site, laissé en stand bye. Elle n’a pas été inquiétée par la justice.

 

En fait, c’est un personnage qui peut passer au travers de tous soupçons dans la mesure où ce qu’elle « propose » à demi mot ressemble à une sorte de « bible ». C’est aussi chiant et insipide, que cela peut être intriguant et attractif. Elle donne parfois des infos personnelles, mais uniquement quand elle est sure de la loyauté des gens qu’elle a en face. Elle peut les entraîner dans des secrets personnels, surtout pour justifier le fait qu’elle se « protège » de certaines personnes, d’un harcèlement quelconque, d’une amante déçue, des ses erreurs passées etc.  Elle demande alors sans que les personnes ne le sachent ouvertement, de la couvrir, de la protéger, et la si le cas doit se présenter, de monter au créneau pour chasser ou discréditer « l’intrigante.

Ainsi, soit on passe complètement au travers de ses filets, la remarquant à peine, soit on donne progressivement une totale confiance à cet être qui finira souvent par vampiriser les nanas si elle a une prise.

Voilà.

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