Phénix

 

    Elle revit en elle-même, comme cet oiseau mystique qui ressuscite de ses cendres, vers un ailleurs, une suite, une recomposition de sa vie dont l'espérance la rallie à des visages inconnus, des pseudonymes, des lieux nouveaux. Elle flâne sur le chat et les sites internet, s'y rendant épisodiquement presque mensuellement. Elle y rencontre des cybernautes qui, semblables à elle, discutent de tout et de rien. Elle oublie ainsi ce mal qui la ronge, l'étouffe, et la rend si sinistre.

    Le reste du temps elle marche, observe, bouquine, va jusqu'à écouter, à chacune de ses visites à la bibliothèque de la ville, les romans audio qu'elle hésite à louer.  Elle se paie quelques images de temps en temps ou s'éternise à regarder passer le temps et les gens. Elle s'habille un peu mieux, ayant maintenant moins froid au corps, aux doigts et à l'âme.

    Mais quelque fois encore, elle redevient inaccessible. L'appel des vastes espaces, des îles désertes l'enferme dans l'espérance d'une autre vie. Elle s'évade, veut se reconquérir, s'hiberne même en été. Son humeur suit ses états d'âme. Peut-être qu'elle craint la nuit... Son humour déguise souvent sa détresse, elle jongle avec les mots en tournant la roue de l'indifférence. Pourtant son oeil rieur sait charmer et son regard affiler le désir.

    Survivante du chao, elle se consume de moins en moins dans le feu sacrificiel du renoncement et de l’abject dégoût. Parfois elle éprouve encore, avec autant d'ardeur, la peur du vide qui la paralyse, l'envahie, l'épuise. Alors elle vacille. La solitude devient donc une amie fidèle. Cette incompréhension des autres la ronge comme une souffrance. Pourtant cet isolement lui permet de survivre. Elle regarde autour d'elle et espère que tout ne basculera plus dans cette nuit, cet enfer, ce bordel de larmes et de cris muets. Elle a encore mal et pourtant tout semble s'atténuer peu à peu. Elle ne s'engourdie plus comme avant lorsqu'elle voit cette balafre qui lui barre la joue.  Lentement elle retrouve la trace d'elle-même. Elle revient à la vie, renaît de cette poussière, tel un Phénix dans le ciel. Désormais elle ne sera plus victime de ce passé...... De ce viol, de ces coups et blessures, de cette douleurs physique et morale.

    Désormais comme tout le monde elle rira...Malgré les fausses notes.

 

Bonjour à vous toutes.  Voici une page secrète de mon livre de vie que je partage avec vous afin que d'autres comme moi puissent à leur tour trouver le courage de passer au travers un évènement aussi sordide.   Je ne prétends pas avoir effacé ces moment pénibles, ni les avoirs oublié. J'ai juste appris à composer avec et à faire de cette énergie négative une force qui me donne l'envie de me battre et de dire que je ne suis pas détruite mais juste un peu ébranlée, secouée, pas K.O.   Même si les policiers ne l'ont pas encore retrouvé, je sais que comme une bête traquée il se cache et au moment où il fera un imper, ils lui tomberont dessus. Et lors du procès, lorsque nos regards se croiseront, il verra que je ne suis pas morte. Que je suis très vivante malgré son désir de m'anéantir, de me soumettre à sa volonté masculine, de me rendre coupable d'être lez. Le grand perdant dans tout çà c'est lui, pas moi.  Il m'a donné des griffes... pour mieux frapper. Sans honte et sans retenue je saurai les utiliser. Il deviendra la victime et moi l'agresseur.  Car je ne saurai m'arrêter que lorsque sa liberté sera entravée le reste de ses jours.  Et ce sera long, très long....

Sappho

 

 

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