Trois ans, trois ans presque…
...que je me farcis des ados neuf heures de mes journées.
Pour avoir déjà bossé auprès de différentes personnes, je peux aujourd’hui dire que c’est avec les ados que j’ai eu le plus de difficultés.
Outre le manque de confiance en moi au début, la peur de ne pas avoir la force de gérer une perm’ de 60 élèves, le doute sur mes capacités à me faire respecter, à ne pas prendre les agressions verbales (ou autre…) "personnellement", il a fallu que je me replonge dans mes propres années collège pour comparer, analyser et comprendre que l’ado d’aujourd’hui :
- pense que les profs et les pions n’ont pas de vie à l’extérieur du collège.
- pense que le langage SMS est universel.
- ne comprend pas le français.
- pense que l’Amour, c’est de discuter avec sa "chérie" sur MSN depuis une semaine.
- se bourre réellement la gueule chaque week-end
- croit que le sexe, c’est du porno hard.
- estime que toutes les punitions sont d’une grande injustice, et qu’il est victime de discrimination.
- sait qu’il peut porter plainte contre n’importe qui.
- croit qu’on ne respire rien que pour lui
- pense que draguer, c’est insulter et taper la personne qu’on kiff.
- est persuadé que quand il crie, il chuchote.
- croit qu’être propre, c’est se laver tous les 15j/3 semaines.
- nie même si on le prend sur le fait.
- pense que snifer du sel le défonce.
- trouve que marcher avec le haut du pantalon au niveau du cul, c’est trop la classe.
Et j’en passe…parce que sinon je vais finir par vous saouler.
Je crois que je n’ai jamais autant chialé sur mon lieu de travail qu'en bossant au collège. Que ce soit à cause des nerfs à fleur de peau parfois ou parce qu’humainement je m’en prends plein la gueule.
Même si je râle contre eux, je suis émerveillée de voir que ces trois années m’ont permis de vivre des instants franchement magiques, des moments où je sens que les valeurs que je tente de faire passer font leur petit bout de chemin.
Aujourd’hui, je sais que j’ai réussi à instaurer un lien fort avec eux, ils me connaissent bien car ils :
- m’appellent par mon prénom.
- viennent volontairement me dire bonjour.
- m’offrent des bonbons même quand je ne les rackette pas.
- prennent du temps pour se confier à moi.
- respectent mes consignes.
- pensent à mon anniv’ même quand je ne leur exige pas de noter la date dans leur agenda.
- s’excusent quand il le faut.
- sentent quand je suis à bout de nerf et ils deviennent tolérants.
- délirent avec moi.
- acceptent mon humour trash et ma vulgarité (ça m’échappe parfois…)
- m’appellent "ma pionne adorée de mon cœur" même quand je ne les menacent pas de les coller si ils ne me le dise pas.
- me supplient pour que j’arrête de crier dans le micro de ma voix aiguë.
Bref, quand je pense que j’ai déjà fait la moitié de mon temps de pionne, que je n’ai rien vu passer et que c’est depuis peu réellement que le métier devient intéressant…
J’aime les voir grandir ces p’tits niais, et puis j’aime (pas sans émotion) les voir partir.
Je commence un peu à "paniquer", je dois penser à me reconvertir à partir de maintenant, à me bouger le cul pour me former dans quelque chose d’autre…
C’est pas un métier d’avenir dit-on, mais j’aimerais tellement qu’on me laisse la possibilité de continuer à l’exercer sans avoir d’échéance.
Trois ans, trois ans presque…
Bâla