La quête du bonheur

 

Depuis ma plus tendre adolescence je me suis sentie différente, très sensible et pas vraiment à l’aise avec tout ce qui généralement passionnait les garçons.

Je peux dire que j’avais une enfance très heureuse, sans histoire, avec des parents qui ont toujours été là pour moi. Peu à peu j’ai pris conscience d’un mal être apparent au niveau de ma personne mais dont je ne connaissais nullement l’origine. Parallèlement je profitais déjà de chaque moment solitaire pour me travestir, et j’entretenais parfaitement mon secret par rapport à tout cela.

Alors que chez la plupart des garçons naissaient leurs premiers émois amoureux, moi je prenais peu à peu conscience que le petit jeu à travers mon travestisme révélait une réelle différence en moi.

A l’âge de 23 ans, j’ai rencontré celle avec qui j’allais partager quelques années de vis commune. Ne connaissant pas ma particularité au départ, elle était particulièrement attirée par mon côté calme, sensible. Son histoire était particulière aussi car elle avait souffert de certains évènements passés pendant son enfance…elle n’a jamais pu m’en parler concrètement m’ayant juste fait des allusions pendant toutes ces années mais j’ai malgré tout certaines certitudes par rapport à tout cela. J’étais donc le compagnon idéal pour ce type de personne. De mon côté, mon travestissement s’améliorait au fur et à mesure, malgré des périodes de refoulement pendant lesquelles je jetais mes affaires une nouvelle fois.

A l’aube de mes 28 ans quand nous avons pris la décision de vivre ensemble, et par soucis d’honnêteté, je ne voulais pas prendre le risque de faire vaciller notre relation par la suite, je lui ai donc fait part de mes besoins de travestissement. Elle l’a plutôt bien toléré, quoique ce fût un sujet dont elle ne voulait pas trop parler avec moi, cela restait donc quelque chose de relativement tabou.

Certains moments solitaires, comme les soirées des vendredis et samedis, se sont rapidement avérés devenir des habitudes pendant lesquels je pouvais enfin être « moi-même ». Elle le savait très bien et ne souhaitait pas me déranger afin de me voir ainsi, je me disais que j’avais donc finalement beaucoup de chance mais ce n’est que bien plus tard que j’ai comprise combien cette situation était malsaine. Au fil du temps mes propres goûts féminins se sont précisés : le contact avec les matières telles que le satin, symbole de la douceur et la féminité, me procurait un plaisir inégalé jusqu'ici.

En l’an 2000, quasiment 1 mois avant mes 30 ans, nous nous sommes mariés, et une fois de plus ma vie continuait à prendre une direction très formatée par ce que nous impose une certaine société et qui pour beaucoup est une certaine idée du bonheur. Eh oui, aux yeux de tous, nous étions un couple presque parfait….

Quoiqu’on en pense et malgré l’apparente hypocrisie de cette situation, mon amour était sincère pour ma femme et nous partagions réellement des moments très complices, même si aujourd’hui j’analyse cette situation en me disant que notre relation était finalement plutôt digne d’une forte amitié. La frontière entre l’amour et l’amitié est mince parfois…

Nos relations intimes étaient rares mais de mon côté je me disais que ce n’était pas le plus important. Ce qui comptait à mes yeux, c’était le fait de bien s’entendre et il n’était pas question que l’on se fasse des reproches quelconques !

Au fil des années j’ai rapidement comprise que ma particularité ne se limitait plus à du classique travestissement mais je cherchais à toujours mieux parfaire ma féminité par tous les moyens : épilation, maquillage….

Nos petites vies devenaient au fil des années rythmées par nos petites habitudes et bien sûr on ne voyait plus pourquoi cela devait changer.

Pourtant, il faut savoir que certaines choses de la vie ne sont jamais acquises et j’en ai fait l’expérience (et les frais !) par la suite : L’année 2005 a été celle des choix d’avenir puisque nous avions décidé de racheter la maison du défunt grand père de mon épouse puis l’année suivante a été marquée par une grosse période de dépression pour elle. Elle m’expliquait tout cela par des soucis professionnels et familiaux, étant donné sa relation particulière avec son père qui avait toujours su imposé ses choix par son côté très dictateur.

Pourtant l’automne 2006 annonçait un réel bonheur puisque contre toute attente un enfant nous était annoncé. Ce moment là fut vécu par moi-même comme un véritable bouleversement et rapidement je me suis promis de jouer pleinement le rôle d’homme qui m’incombait au sein de mon foyer et je me suis donc débarrassé de mes affaires.

L’année 2007 attendue comme cela des changements dans notre petite vie arriva enfin et les changements aussi, mais malheureusement pas dans le sens espéré…

Il y eu presque 2 mois d’écarts entre notre déménagement et la naissance de notre petite fille. Malgré le fait que ce sont des évènements heureux, c’est évident que tous ces changements redéfinissent quelque peu les rôles au sein d’un couple, mais force est de constater que nous n'avions pas su gérer cette nouvelle vie. Les mois qui suivirent, nous n'arrivions plus à nous montrer le moindre signe d'affection l'un pour l'autre, un fossé s'est peu à peu creusé entre nous. Au bout de quelque mois, ce malaise ambiant devenait trop pesant et je ressentais un désir de féminité monté en moi de plus en plus fort. Ce besoin était bien sûr largement amplifié par le manque d'affection que je subissais. En cachette je commençais petit à petit à me reconstituer une garde robe et je profitais de chaque instant solitaire afin de me donner quelques moments de plénitudes…parallèlement, et c'était bien la première fois, je me suis confiée à une amie femme à qui j'ai tout raconté car le poids de mon secret devenait trop lourd à porter pour moi.

Le mois de Décembre 2007 fut celui du clash : s'étant aperçue de la reconstitution de ma garde robe lors d'une de mes absences, mon épouse s'est sentie trahie par moi, et nous n'arrivions absolument plus à dialoguer excepté pour nous faire des reproches. Pour elle, j'étais transsexuelle, qu'au fond je dois être attirée par les hommes, et que tôt ou tard je franchirai le pas (ce qui était franchement difficile à supporter, c'était le fait qu'elle argumentait à ma place sans avoir cherché à comprendre ce que je ressentais réellement !).

Le plus dur pour moi a été quand elle m'a confiée qu'elle n'a jamais su m'aimer complètement pour ce que je suis, que je l'ai fais souffrir à travers cela, j'ai vécu cette révélation comme une véritable trahison de sa part….

Nous nous étions rendu compte tous deux que nous avions franchi le point de non retour, et après 5 semaines de forte tension, de conflit et de rupture de dialogue, nous décidions que le divorce était l'ultime solution à tout cela. A travers cette rupture, cela me donnait la possibilité d'être moi-même, faire ce que je veux mais avec une grosse peur de l'inconnu. Notre enfant devenait dès lors le seul et unique lien entre nous.

Début Mars 2008 j'emménageais dans mon nouvel appartement, c'était pour moi quelque chose de très nouveau, n'ayant jamais vécu seule. Pour autant, la blessure au fond de moi était loin d'être soulagée, je culpabilisais énormément de ce que je suis et du mal que je me disais avoir fait à mon épouse. Malgré cette liberté nouvelle, mon mal être était loin d'être cicatrisé et les questionnements étaient nombreux notamment sur le plan identitaire et concernant mon attirance sexuelle. Au fil des mois, j'ai appris peu à peu à tourner la page et à accepter ma solitude de mieux en mieux finalement.

Me sentant conforté dans mon attirance vis-à-vis des femmes, je me disais que vivre en fille n'était pas si simple pour moi, et nullement envisageable avec un homme et la perspective de rester seule (la plus plausible !) ne m'enchantait pas non plus. Que de paradoxes !

Une démarche de psychothérapie que j'ai entreprise début 2009 m'a sans aucun doute aidé dans mes choix futurs.

Après quelques rencontres très furtives et sans débouchés avec quelques femmes, mi-2009 aura été le moment le plus inattendu de ma vie. Je fis la rencontre d'une femme d'exception. Son histoire à elle ne l'est pas moins non plus, elle a beaucoup souffert également de sa relation de 20 ans passée. Pourtant les choses étaient loin d'être simple entre nous, puisque lors de notre rencontre (par internet !) j'étais dans un esprit de refoulement total par rapport à mon côté féminin. J'étais prête à faire le même cheminement que lors de la naissance de ma fille, mais au bout de quelques semaines de fréquentation, et par soucis d'honnêteté, j'ai pris le risque de lui révéler ma personnalité toute entière. Dès le départ j'ai été surprise de sa grande tolérance à mon égard mais ce qui m'a littéralement subjugué c'est le côté pimenté qu'à pris notre relation à travers ma particularité. Elle a su m'aimer, toute entière, en faisant abstraction des tous les préjugés imposés par notre société, et j'ai su lui faire découvrir un univers totalement nouveau pour elle : celui du 3ème sexe ! Aujourd'hui et malgré quelques contraintes d'organisation étant donné nos enfants, j'arrive à bien vivre ma particularité au sein de notre couple et c'est ce qui compte.

La quête du bonheur est parfois longue pour les personnes transgenres, mais rien n'est impossible !

Isa

 

 

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