Une vie tourmentée

 

Mon enfance :

Je suis née juste à l’après guerre, un jour de 1951, d’un papa revenu d'Allemagne où il a été prisonnier, maigre, sans dents, physiquement diminué, et d’une maman très autoritaire, gentille, affectueuse, s'occupant de tous, rassurante. Mon père était d'une famille bourgeoise, propriétaire de 4 étages cour Victor Hugo à Bordeaux et d’une fabrique de chapeaux et de casquettes (en réalité tout ce qui se porte sur la tête) ; ma mère venait d'une modeste famille vivant à la campagne.
La guerre ayant ruiné mon père, j’étais encore gamine quand il a fallu vendre la fabrique. Maman ne s’avouant pas vaincue, loua un local et redémarra la fabrication à petite échelle, avec quelques fidèles ouvrières. Il faut ajouter ma grand-mère qui me gardait avec son fils (Berger) chez elle, pendant que mes parents travaillaient. J’ai une soeur de 18 ans, et deux frères qui ont respectivement 18, 21 et 23 ans de plus que moi. Mes frères sont dans l'armée et je les vois que très rarement.
J’ai été élevée par ma grand-mère, son fils, ma sœur et je ne vois ma maman que le week-end ainsi que mon papa.

Mes premiers souvenirs remontent sûrement vers mes cinq ans, cela peut paraître invraisemblable mais j’ai un souvenir précis qui se rapporte au lieu d’habitation. J'étais déjà avec les "affaires" de ma maman à cette époque.
Vers mes dix ans, je me souviens que ma maman, m'amenait chez le médecin de famille, en lui demandant, que je fasse un sport comme "les garçons", comment faire pour que je me comporte comme un garçon (cette visite, était courante, et cela jusqu' à mes 15 ans), moi je ne comprenais pas. C'est vrai que déjà j'avais des copines, avec qui je jouais, et pas avec mes copains garçons.

Un jour vers mes 13 ans j’avais trouvé une photo de moi en robe (je ne comprenais plus rien, je demandais à ma maman ce que cela signifiait, "elle me dit c'est rien", et comme à son habitude elle ne me le disait pas, il m’a fallu attendre mes 53 ans pour avoir un morceau de vérité, de la bouche de ma soeur.
A quinze ans, maman m'amena voir un psychiatre, elle avait peur de moi ? Moi je savais maintenant ce qui n'allait pas, je me sentais pas un garçon mais une fille. Je continue à cette époque à sortir avec les mêmes copines (j’étais dans un village, et là on était en bande, avec d'un coté les filles et les garçons de l'autre, cela tant que les couples ne se formaient pas). En night Club, du côté de Libourne, quand on arrivait, on commandait une bouteille de whisky et de vodka, coca et orange gratuits, et on s’asseyait. Il y avait des banquettes face à face en demi cercle, moi j'étais avec les filles (qui trouvaient cela normal, et de l'autre les garçons). Jusqu'à 18 ans je fus poursuivi par ma féminité, après jusqu' à mes 53 ans je la vivais, sans la rechercher,

Entre temps je me suis mariée, et j'ai eu deux enfants. Je pensais finir ma vie en tant qu'homme et papa, la vie ne l'a pas voulu. Je suis toujours papa, mais maintenant femme. Comment cela est possible ? Simplement l’endocrinologue m’a expliqué que le système hormonal chez certaines personnes était à bascule, on a le système hormonal féminin de la naissance jusqu'à l'adolescence, puis il devient masculin jusqu'à la ménopause, après il redevient féminin. Je n’ai pas eu la chance de pouvoir l'exprimer lors de mes quinze ans. Pas de chance c'est mon cas. J'aurais tant voulu être femme ou homme et pas entre les deux. Je pense à une petite de 14 ans qui s'est suicidée un jour de mai 2004. Elle ne supportait plus les moqueries des gens, je pleure sa perte. Souvent, je me rappelle le passage du papa sur le champ pour savoir si on pouvait lui donner des indications pour comprendre sa mort, elle a eu moins de chance que moi.

 

Janvier 2004 - Le parcours

C’était un jour de janvier 2004, je souffrais (mal dans ma tête, des bouffées de chaleur, des sifflements dans les oreilles, perte d’équilibre, et bien d’autres désagréments) depuis novembre 2003, sans savoir d'où cela venait. Il a fallu que mon collègue et ami, me dise "tu devrais aller voir un médecin, tu ne vas pas bien ".

Mon fils, je l'ai su après par mon ex-épouse pensait que j’avais le cancer.
J’ai attendu que les fêtes de fin d'année soient passées pour en janvier, voir mon médecin. Je savais à ce moment là ce qu'il m'arrivait (ma féminité m'avait rattrapée), mon identité de genre  étant plus féminine que masculine et mon médecin le savait depuis mon arrivée à Montpellier, en 1984. Il me dit qu'il faudrait voir un psychiatre. Je contactais une des associations aidant les personnes atteintes du Syndrome de Benjamin (transsexuel (le)). Par elle ainsi que part Tom, je trouvais les informations me permettant d’avoir une « équipe médicale », plus précisément une psychiatre, un endocrinologue, un chirurgien, et je trouvais une dermatologue, une orthophoniste, et une phoniatre. Le traitement hormonal débuta en septembre 2004.
Il m’a fallu faire un rapport à la CNAM TS, pour obtenir la prise en charge mon opération, ce fut fait en janvier 2005.

Je rentre le 5 Mars 2006 à l’hôpital public de Gand, opérée par le Prof. M…, le 7 Mars 2006. Une opération de 6 heures environ.
Je continue à voir les spécialistes déjà cités.

 

La famille :

Une des grosses surprises, elle vient de ma soeur, quand en janvier 2004, je lui annonce que je vais devenir une femme, les examens confirment mes hormones féminines. Elle dit au téléphone alors que mon épouse est là ainsi que mes enfants "Je suis contente de retrouver ma soeur".
Elle me dit tu étais mignonne, tu t'appelais Véronique, je te promenais avec un chignon, tu étais adorable. Dans le salon, un silence sidéral, j'étais pétrifiée, moins par la révélation de ma soeur, que par la réaction de mon épouse (la main libre du téléphone étant activée). Ma soeur m'a alors dit qu’elle se chargerait de l'expliquer à la famille. Quand elle a raccroché, je n'avais plus de jambes, et ce que je craignais arriva, ma moitié explosa littéralement, et heureusement qu’elle était à 500 km de chez nous, sinon je pense que ma soeur aurait été "amochée", et se serait juré de ne plus lui adresser la parole (depuis elles se reparlent). Il semble d'après ses dires que mon père voulait à tout pris un garçon, et que je suis né(e), avec le sexe masculin non sorti (enfin là je n'assure rien, car il était quand même là à mes deux ans) je ne comprends pas tout de ce que m'a dit ma soeur, sauf que j'ai été Véronique, et que j’étais féminine à ce moment là d’un point de vue hormonal. Une phrase de maman avant de mourir à Noël précédant l'an 2000, devant ma soeur et ses enfants "Je te confie A.... Il va changer et il aura besoin de toi".

Donc ma soeur informa l'ensemble de la famille avec laquelle j'ai toujours eu de bons contacts.
Par contre je n'ai plus de contact avec ma belle famille, je le regrette.
J’ai divorcé début 2005, et je vois presque tous les jours mon ex, et ma fille (elle vient chez moi). Mon fils, c'est plus difficile, pas vraiment de dialogue.

 

Les copines et copains d’avant :

Juste un bon collègue et copain, pour ce qui est des personnes même sympathiques, que je fréquentais dans le cadre de l'équipe féminine que j'entraînais. Je n'ai pas souhaité garder de contact par égard à mes enfants qui tous deux ont joué dans ce club (que j'aime bien).

 

2 nouvelles amies et copines :

Dès que j'ai su que ma vie allait changer du tout au tout j'ai décidé de rejoindre l'association Lesbigaix, puis Plussiaffinité début 2004, grâce à une copine. Je pense que grâce aux différentes personnes qui y sont, cela m'a sauvé la vie, elles m'ont donné une raison de vivre : on peut être comme moi, et qui plus est lesbienne, et vivre normalement. J’ai rencontré Martine, lors d'un pique-nique à Carry le Rouet, elle est devenue mon amie, j’ai aussi passé 6 mois merveilleux auprès d'elle (par séjours de plusieurs jours). Cathy, c’est mon autre amie, je l'ai rencontrée lors d'une rando, gentille et attentionnée comme d'ailleurs Martine. D'autres sont restées d’excellentes copines.

 

Le travail :

Août 2006, je demande un entretien à mon directeur en vue de ma reprise, qui au cours de notre entretien, me dit “ je ne souhaite pas vous reprendre dans mon service, car cela perturberait sa bonne marche..... " les fonctionnaires parlent tout le temps de vous", de votre façon de vous habiller” (remarque : je suis le plus souvent en tailleur pantalon, et je n’ ai jamais un maquillage outrancier, il est plutôt discret, sans rouge à lèvre ). Au cours des mois suivants il m’a été rapporté par des collègues des propos discriminatoires à mon encontre de la part de mon directeur. Il arrive la commission médicale de septembre, qui étudie mon dossier et la reprise de mon travail, et là surprise, je ne suis pas informée, ni de mon affectation, ni de la date de ma reprise.
J’apprends par le service gérant le personnel (au niveau régional) que l’on n’a pas pu me notifier ma reprise de travail pour un vice de forme dans la rédaction de l’arrêté (faute de ne pas avoir répondu aux conditions de ma reprise notamment “savoir si je reprenais à mi-temps thérapeutique” alors qu’il a été précisé que je demandais à reprendre à temps plein dans ma demande de reprise de travail). On fait donc passer mon dossier dans une deuxième commission médicale, celle de décembre 2006. Cette deuxième commission médicale confirme mes aptitudes à reprendre mon travail. Une lettre du service gérant le personnel (au niveau régional) me fait savoir que le service m’a remplacée (ce qui est normal dans le cadre d’une absence en congés maladie longue durée).

Il est à noter que le service étant déficitaire en personnel administratif, et ayant 4 départs en retraite pour  l’année 2007, cela montre la volonté évidente de mon directeur de ne pas me reprendre (non pas pour des compétences professionnelles, mais pour une discrimination dûe à mon changement de genre).
Dans cette lettre il m’est demandé de choisir mon affectation. Je choisis une affectation dans le  lieu où j’étais en poste (mais bien sûr pas le même service). J’apprends que l’on m’a affecté à l’extérieur à une heure de chez moi.
A ce jour le service gérant le personnel essaie de faire au mieux pour que l’on me reprenne dans le même lieu, et pour l'instant je n'ai toujours pas d'affectation.

Aurelie

 

 

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