Avant de rentrer dans le vif du sujet, peut être que cela intéressera certaines de savoir comment devenir éducateur. Il faut différencier deux types : les éducateurs spécialisés et les moniteurs éducateurs.
Pour entrer en formation d’éducateur spécialisé il faut avoir le baccalauréat, c’est la condition sine qua non (ou une équivalence DRASS), alors que pour la formation de moniteur éducateur cela n’est pas obligatoire. La formation d’éducateur spécialisée se déroule en trois ans avec à la clé un examen (rédaction et soutien de mémoire d’environ 80 pages, soutien du dossier de formation regroupant les rapports de stages, différents écrits, et un questionnaire sur plusieurs matières). La formation du moniteur éducateur se déroule sur 2 ans avec également un examen mais là je ne connais pas le contenu exact.
Je vais d’abord aborder l’aspect théorique et ensuite ce qui se passe dans la réalité c'est-à-dire sur le terrain.
L’éducateur spécialisé, en théorie, est celui qui va plus être dans la réflexion et qui va produire des écrits (projet de groupe, projet individuel …). Le moniteur éducateur, lui, est plus dans l’animation.
Dans la réalité, l’éducateur spécialisé et le moniteur éducateur font exactement le même travail mais n’ont pas la même paye ! Hé oui, l’un comme l’autre participent à l’animation d’un groupe, montent des projet, produisent des écrits sur les jeunes, rencontrent les familles, les juges, les travailleurs sociaux … Sur le terrain rien ne les différencie.
Parlons à présent du concret de mon métier. Je bosse dans une Maison d’Enfant à Caractère social (MECS). C’est une grosse boutique qui accueille 80 jeunes répartis sur plusieurs foyers. Les jeunes sont ici pour diverses raisons : scolarité difficile, problèmes familiaux, problèmes de délinquance …Le foyer sur lequel je travaille accueille 11 jeunes qui ont entre 15 et 17 ans, placés par les services sociaux ou par un juge des enfants.
On les accueille du lundi au vendredi et pour certains aussi le week-end et les vacances de temps en temps, en fonction des difficultés de chacun.
Que l’on soit éducateur spécialisé ou moniteur éducateur, c’est un boulot qui est très enrichissant d’un point de vue humain mais qui a également son lot de doutes, de remises en question, parfois de déceptions. Fort heureusement, on connaît aussi de bons moments, comme par exemple quand des jeunes maintenant devenu parents, qui ont trouvé un boulot, repassent nous voir et nous remercient de leur avoir mis des « coups de pieds au cul » pour s’en sortir.
C’est aussi des parties de rigolades avec les jeunes, des coups de gueule et parfois des larmes de la part des jeunes (et de la nôtre aussi mais on ne leur montre pas lol). Bref on travaille avec des êtres humains alors autant dire que l’on ne sait jamais ce qu’il va nous arriver quand on vient au boulot. C’est ce qui me plaît dans mon travail et c’est aussi parfois ce qui me rend malade. Car les jeunes sont loin d’êtres bêtes et ils savent taper là où ça fait mal.
Ce qui m’est le plus difficile dans ce boulot, c’est de me dire que l’on est là pour un jeune, pour l’aider, pour qu’il prépare son avenir aussi bien personnel que professionnel et que le jeune en question est tellement paumé qu’il ne veut pas de notre aide et que du coup on est désarmé et on peut pas faire grand-chose si ce n’est attendre qu’il comprenne et veuille bien attraper la main qu’on tend.
Pas plus tard qu’hier soir, j’avais un jeune qui faisait n’importe quoi depuis lundi (pas en cours, sort en ville jusqu’à minuit, insolent …), alors qu’en temps normal c’est un gars qui tient la route. Et hier soir il voulait se barrer du foyer car on voulait pas lui rendre son téléphone (oui il était puni lol). Bref il commence à faire son sac pour partir et je parlemente avec lui pour lui faire changer d’avis. Et là j’ai eu une illumination et je lui dis « écoute, ici je suis payée pour te venir en aide, que tu fasses des conneries ou que tu veuilles préparer ton avenir pour moi c’est pareil, j’ai pas de prime à la réussite. Alors à toi de voir comment tu veux que j’utilise mon temps pour toi. Soit tu fais conneries sur conneries et je passe mon temps à te faire la morale, à te déclarer en fugue … soit je passe du temps avec toi pour parler de ton avenir, contacter des écoles, remplir des dossiers avec toi. Mais quel que soit le résultat final tout ce qui arrivera ça sera à cause de toi et à cause de personne d’autre car tu m’auras fait perdre du temps que j’aurais pu mettre en œuvre pour t’aider ». Et il a dû capter car il est pas parti lol. Et là quand je suis rentrée chez moi j’étais super fière car je me suis dit que tout n’était peut être pas perdu.
Voilà c’est ça mon boulot. Travailler avec des jeunes en difficulté qui ont pas demandé à être là mais on doit faire avec tous ensemble. Alors des fois on rentre fier et serein et d’autres fois on rentre écoeuré car on se dit qu’on est inutile. Mais l’important c’est de se dire que l’on y est pour rien qu’on a fait le maximum et que le jeune en face était peut être pas encore prêt à comprendre, mais que ça viendra peut être. Et puis bon ce n’est pas tous les jours la galère. J’ai plein de supers souvenirs, car on crée des liens super forts avec certains jeunes, avec un maximum de respect, presque des liens fraternels et là on prend son pied car le jeune en face il sort avec un diplôme, des fois avec du boulot ou dans une autre école mais il est parvenu à sortir debout et fier de ce qu’il a fait et là on se dit qu’on ne s’est pas battu pour rien. Et on recommence avec des nouveaux l’année d’après en se servant de ce que l’on a vécu avant pour faire encore mieux ou différemment. Mais on oublie jamais ceux avec qui on a vécu une année ou plus. Il faut savoir prendre beaucoup de recul si on veut pas devenir dingue lol
Indo